La méthanation, stratégie industrielle?

Pays importateur, la France dépense chaque année plus de 50 milliards d’euros pour son approvisionnement en pétrole. Cette situation est d’autant plus préoccupante que cette source d’énergie devrait à terme se raréfier. Experts et politiques doivent réfléchir à des solutions crédibles. Le méthane présente pour cela des intérêts incontestables.

La méthanation : des procédés simples

Inventée par un Français la méthanation se développe dans les campagnes avant d’être abandonnée au profit de l’électricité. La production de méthane à la campagne utilise des procédés simples et son exploitation est aisée. Il s’agit de maintenir des déchets organiques dans une fosse jusqu’à fermentation. Cette fermentation est alors traitée dans un digesteur et fournit le méthane. On évalue cette production à 50 m³ de méthane pour une tonne de fumier et à 15 m³ pour une tonne de lisier. Outre cette transformation à la ferme, le méthane peut aussi être produit dans des usines. Il s’agit là encore d’un procédé simple fondé sur l’électrolyse de l’eau qui produit de l’hydrogène. Celui-ci mis en présence de CO₂ se transforme en méthane. De telles usines non polluantes permettraient de fournir chaleur et gaz pour le chauffage ou une utilisation comme carburant.

Une énergie propre

L’intérêt majeur de la méthanation est incontestablement qu’elle réduit l’émission des gaz à effet de serre. Lutter contre le réchauffement climatique, mais également contre les dégâts environnementaux du lisier ou du fumier, voilà ce que permet la production de méthane. Il ne s’agit donc pas uniquement de fournir du biogaz. L’élevage tant décrié pour son impact dévastateur sur l’environnement peut devenir une source d’énergie propre. L’Allemagne précurseur dans ce domaine compte plus de 4000 fermes produisant du méthane. La France dispose de seulement 4 installations de ce type. Signe de l’intérêt majeur de la méthanation pour l’environnement l’Europe a lancé un programme d’aide et d’encouragement à la méthanation BIOPROFARM.

Une alternative crédible ?

À ce jour la méthanation verte n’est pas suffisamment rentable. Seules, les subventions de l’initiative BIOPROFARM ou de l’ADEME, permettent d’atteindre l’équilibre au bout de quelques années. EDF rachète l’électricité produite à un prix d’environ 9 centimes d’euro le kWh. C’est le prix le plus bas d’Europe à comparer par exemple des 20 centimes en Allemagne ou des 15 centimes proposés en Suisse. Quant à la généralisation industrielle en usine elle permettrait de réduire l’indépendance de la France vis-à-vis des hydrocarbures importés ce qui serait particulièrement bénéfique à la balance commerciale. Elle participerait à une véritable diversification des énergies nouvelles en offrant une production stable et fiable, ce que ne peuvent garantir l’éolien et le solaire sensibles aux fluctuations météorologiques. Avec une production peu coûteuse, sans aucun risque pour l’environnement, la généralisation de la méthanation industrielle serait également bénéfique pour l’emploi. Procédé connu et bien maîtrisé, la méthanation présente des avantages incontestables. Son énergie propre lui permet de figurer comme une alternative peu coûteuse et crédible. Encore faut-il une volonté politique.