Les phtalates dans la ligne de mire des législateurs

Isolés ou en cocktail, les phtalates sont des perturbateurs endocriniens. Or ils sont présents dans de nombreux produits : vêtements, jouets, aliments, médicaments. Les législateurs sont prêts à intervenir. Malgré la pression des lobbies.

Un danger établi

Le danger des perturbateurs endocrinien n’est plus à démontrer. De nombreuses études ont établi leur impact sur les malformations génitales masculines, et de manière générale sur les fonctions de reproduction masculines. Si l’on s’en tient à la seule année 2011, ce sont 48 études qui ont traité de ce thème. Début 2012, une nouvelle étude publiée dans Human Reproduction a montré que des testicules adultes soumis à de telles substances fabriquaient 30 % de testostérone en moins que des organes qui n’avaient pas été ainsi exposés. Dans ces conditions, il y a lieu d’éviter de soumettre le fœtus et le nourrisson à de tels risques. C’est pourquoi l’organisme des parents ne doit pas avoir de perturbateurs endocriniens pendant les premières phases de la vie, de la gestation à la lactation.
Les phtalates sont des perturbateurs endocriniens présents dans les produits alimentaires, les produits d’hygiène et de cosmétiques, les médicaments, les jeux, le PVC, et bien d’autres encore. À ce stade, 6 perturbateurs endocriniens sont interdits en Europe dans la fabrication des jouets et des articles destinés à la petite enfance. Cependant, il existe 870 substances pour lesquelles la suspicion subsiste. Dans ce contexte, il est difficile d’édicter une loi au cas par cas. Pour Réseau Santé Environnement, il s’agit plutôt de réfléchir à une législation transversale qui concernera l’ensemble des perturbateurs. C’est aussi le vœu, aux États-Unis, du sénateur démocrate John Kerry, qui a proposé dès 2009 un texte allant en ce sens.

Réticence française

En France, le Réseau Santé Environnement s’est fortement impliqué. Ainsi grâce à son action, la loi dite Grenelle 2 prévoit de suspendre la fabrication, l’importation et la vente des biberons au BPA. Au plan international, le Canada et de nombreux États américains ont déjà mis en place de telles restrictions. Enfin, une loi déjà votée par l’Assemblée nationale interdit de fabriquer, d’importer, et de commercialiser des produits contenant des phtalates. Ce texte n’a pas encore été voté par le Sénat. Toutefois, de nombreux fabricants ont déjà supprimé les phtalates, et en informent les consommateurs sur les étiquettes de leurs produits.
La Communauté européenne ne reste pas inactive contre les perturbateurs endocriniens. Le système REACH, déjà en place, permet un niveau de protection hautement élevé s’agissant des substances chimiques isolées. La réglementation sur les pesticides est devenue plus restrictive. Ainsi, depuis le 14 juin 2011, les pesticides PE ne sont plus autorisés. De même, à partir du 1er septembre 2013, les pesticides et biocides PE seront également bannis. Il reste, pour mettre en œuvre ces restrictions, à déterminer avec précision les caractéristiques des perturbateurs endocriniens. Attendus par les industriels, les associations, et les ONG, ces critères seront édictés par la Commission européenne avant le 14 décembre 2013. Du travail en perspective pour les lobbyistes.