Pesticide néfaste pour les abeilles, les pesticides sont la cible du législateur français

Le ministre de l’Agriculture a interdit prochainement la commercialisation du pesticide Cruiser. Celui est rendu responsable de la disparition des colonies d’abeilles. Apiculteurs et écologistes applaudissent.

Une molécule en question
Des études récentes avaient prouvé que le thiaméthoxan, une molécule active présente dans le Cruiser, était particulièrement néfaste pour les abeilles. Celles-ci, après avoir consommé du nectar de plantes traitées avec cette molécule, souffraient fréquemment de troubles de comportement. Dès lors, elles étaient incapables de retrouver leur ruche. Ce phénomène contribuerait pour une bonne part au déclin observé des populations d’abeilles. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont apposé sur les insectes des micro-capteurs à puces munis d’un système de radio-identification. Après avoir soumis les abeilles à des doses de thiaméthoxian, ils ont pu les suivre et constater leur incapacité à rejoindre leur ruche.
En mars dernier, en raison de suspicions qui pesaient sur le Cruiser, le gouvernement précédent avait demandé à l’Agence sanitaire pour l’alimentation un avis sur cette question. L’avis remis par l’Agence confirme les effets néfastes, et étaye son argumentation avec plusieurs études. Elle admet que les doses utilisées étaient très supérieures à celles contenues dans le Cruiser. Mais elle estime que cela ne permet pas de dédouaner cet insecticide, dans la mesure où de telles doses peuvent correspondre à certaines circonstances réelles. Surtout, elle relève que de nombreuses études confirment ces résultats. Or les abeilles participent à 80 % à la pollinisation des plantes à fleurs, dont celles qui produisent les fruits et les légumes.

La rigueur gouvernementale
À la suite de la remise de l’avis de l’Agence sanitaire pour l’alimentation, le ministre de l’agriculteur a immédiatement pris position pour l’interdiction du Cruiser. Syngenta, leader mondial de l’agrochimie et fabricant du pesticide, en a été informé. L’interdiction n’a pas été immédiate. Le groupe suisse a en effet disposé d’un délai de 2 semaines pour faire valoir ses arguments. Par le passé, le groupe avait contesté les études précédentes, qui selon lui étaient réalisées dans des conditions sans rapport avec la réalité. Mais le pesticide a finalement été interdit le 28 juin 2012 par le ministre de l’Agriculture Stéphane le Foll. Le Cruiser OSR visé par cette mesure était utilisé pour la protection des semences de colza et doit aujourd’hui être remplacé.
Cette annonce a été accueillie avec joie par les apiculteurs ainsi que les défenseurs de l’environnement. Pour l’instant, la FNSEA et les organisations des producteurs français d’huile végétale n’ont pas pris position. La décision du ministre est intervenue avant le début des traitements des semences de colza, pour la récolte de 2013. Les apiculteurs insistent sur la nécessité de prononcer l’interdiction définitive de toute urgence. Mais également, tous appellent à une interdiction élargie à tous les types de Cruiser utilisés pour les autres cultures : maïs, pois, betteraves. De même, cette interdiction pourrait également s’appliquer de manière générale à tous les produits de la famille des néonicotinoïdes. Le Gaucho, autre pesticide décrié, serait alors concerné. La France a demandé la saisie la Commission européenne.