Deinove : une autre approche du biocarburant

Produire du biocarburant avec des bactéries, c’est désormais possible grâce à la société parisienne Deinove. Ces bactéries qui existent depuis la nuit des temps sont des déinocoques, et vont révolutionner les procédés de la chimie verte et la production de bioéthanol.

Les déinocoques

Bien avant l’apparition de l’homme, les déinocoques existaient déjà. Ce sont des bactéries qui possèdent d’incroyables propriétés génétiques, et qui ont d’ailleurs contribué à l’apparition de l’être humain. Très résistantes aux radiations et autre stress physique, les déinocoques sont extrêmement robustes et ont la capacité de rassembler leur génome si celui-ci est disloqué. De plus, les déinocoques sont dotés d’une grande diversité génétique, ce qui présente bien des intérêts industriels. C’est ce qu’ont compris les fondateurs de Deinove, qui ne sont autres que le docteur Philippe Pouletty et le professeur Miroslav Radman. Deinove est une société qui révolutionne aujourd’hui les procédés de la chimie verte, dirigée par Jacques Biton. Ce dernier a rejoint les fondateurs de Deinove, apportant une solide expérience en biotech, acquise auprès de grands groupes industriels.

Une production révolutionnaire

Pour ce qui est du biocarburant, il existe déjà des procédés de fabrication viables, et donc de la concurrence. Mais là où se distingue Deinove, c’est dans son procédé de production. En effet, la production de bioéthanol passe par un procédé de digestion de la biomasse, et cette biomasse est habituellement digérée par de la levure. Mais les déinocoques sont capables de digérer toutes les matières ligno-cellulosiques, contrairement à la levure pour laquelle le procédé de fermentation nécessite du blé, de la canne à sucre ou encore des betteraves. Avec les déinocoques, il n’est plus nécessaire d’avoir recours aux matières nobles, car les déchets verts, le bois, ou encore les plantes entières peuvent être digérés. Nombreux sont les éléments qui peuvent être utilisés pour convertir la biomasse en bioéthanol grâce aux déinocoques. Ainsi, Deinove ne rentre pas en concurrence avec la filière alimentaire.

Vers la commercialisation

Appuyé par Oséo dans le cadre de son programme Innovation stratégique industrielle, Deinove pilote le projet Deinol, avec une enveloppe de 9 millions d’euros. Grâce à cette aide, Deinove envisage d’installer son procédé chez son partenaire Tereos, qui produit déjà du bioéthanol. Ainsi, une fois que le procédé de fermentation utilisant les déinocoques aura prouvé son efficience pour la digestion du blé, cette biomasse sera remplacée par une matière ligno-cellulosique. Et c’est au terme de ces expérimentations grandeur nature que Deinove envisage de céder une licence non exclusive à Tereos, pour une production industrielle. Les autres procédés de chimie verte que développe Deinove seront cédés de la même manière. Mais Deinove mène également des recherches sur la synthèse moléculaire, en vue de trouver des substituts aux procédés biotechnologiques et pétrochimiques. Autrement dit, ces déinocoques pourraient bien révolutionner de nombreux domaines, dont celui de la santé, où la résistance aux antibiotiques se fait grandissante.