L’échec scientifique du professeur Séralini : du pain béni pour les producteurs d’OGM ?

Le 21 septembre 2012, une étude paraissait dans la revue Food and Chemical Toxicology. Signée Gilles-Eric Séralini, cette étude prétendait démontrer la nocivité des OGM ; un pavé jeté dans la marre par ce sulfureux chercheur français en biologie moléculaire. Cette étude a depuis été l’objet de toutes les attaques. Sa rigueur a été contestée, de même que l’impartialité de son auteur. En novembre 2012, quelques voix se sont élevées au-dessus des polémiques : le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) et l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) ont en effet réfuté les conclusions de Gilles-Éric Séralini. Un effort scientifique qui n’enlève rien à la pertinence du questionnement sur l’innocuité des OGM.

L’histoire d’une bombe scientifique:

Gilles-Éric Séralini est un chercheur et professeur de biologie moléculaire. Il est l’un des directeurs du pôle risques de l’institut de biologie fondamentale et appliquée de l’université de Caen. Il est également le fondateur du CRIIGEN, un think tank composé d’experts indépendants sur la question des OGM.
En septembre 2012, ce membre de la communauté académique et scientifique française a publié une étude faisant l’effet d’une bombe. Elle portait sur le maïs NK603génétiquement modifié de Monsanto, dont les gènes sont notamment altérés pour le rendre résistant à l’herbicide non sélectif de cette même entreprise, le Roundup. L’étude a consisté à nourrir des rats de ce maïs et à suivre notamment l’évolution de la santé de ces cobayes tout au long de l’étude qui a duré deux ans.
Présentée comme la plus longue étude menée sur un légume génétiquement modifié, « Toxicité à long terme d’un herbicide Roundup et d’un maïs génétiquement modifié tolérant au Roundup » s’est tout d’abord avérée fortement à charge contre les producteurs d’OGM. Elle révélait notamment la multiplication des cas de tumeurs chez les cobayes ayant consommé les OGM considérés au-delà de quatre mois. Et l’étude de conclure à un taux de mortalité jusqu’à 6 fois supérieur chez certains échantillons de rats exposés à ce légume génétiquement modifié.

De prime abord, l’étude de Gilles-Éric Séralini avait tout pour déclencher la mobilisation des pouvoirs publics et de la société civile. Elle a en effet entrainé une réaction immédiate du gouvernement qui a dépêché ses instances de contrôle scientifique sur la question. Mais la réception des travaux de Gilles-Éric Séralini fut plus contrastée que prévu. L’étude a en effet été largement décriée : ses méthodes ont été pointées du doigt comme étant peu scientifiques, et son auteur, qui n’en était pas à son premier fait d’armes contre Monsento, taxé de partialité.

Un protocole expérimental controversé

En 2007, le professeur Séralini avait déjà signé une première étude portant cette fois-ci sur le maïs MON 863. Les expériences alors menées avaient également conclu à la nocivité de ce maïs, mais la qualité du travail scientifique avait été remise en question. L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) avait en effet réalisé un réexamen de cette étude et déclaré « trompeurs » ses résultats.
Connu pour sa virulence à l’encontre des OGM, Gilles-Éric Séralini n’en était pas à son coup d’essai pour tenter de prouver la toxicité du maïs transgénique en 2012. Une fois n’est pas coutume, les critiques émanant du monde scientifique ont plu sur la seconde étude du professeur Séralini. Gérard Pascal, toxicologue et spécialiste des OGM, en formulait quelques-unes à l’occasion d’un entretien au Monde.
Il a ainsi été avancé que l’étude n’avait pas respecté les standards expérimentaux posés par l’OCDE. Il aurait ainsi fallu utiliser « au moins cinquante animaux de chaque sexe pour pouvoir établir une analyse statistique représentative » pour chacun des paramètres étudiés dans l’étude. Des considérations qui sont loin de n’être que bureaucratique, car au lieu de 200 cobayes utilisés par Gilles-Éric Séralini, c’est 1 000 rats qu’il aurait fallu utiliser afin de produire des conclusions suffisamment étayées pour convaincre la communauté scientifique de leur solidité.
Il a également été pointé du doigt que l’espèce de rat utilisé à l’occasion de cette expérience est certes couramment utilisée à l’occasion d’études toxicologiques, mais a la particularité de développer fréquemment des tumeurs. Les conclusions de l’étude de Gilles-Éric Séralini pourraient donc en toute logique avoir été surestimées à cause de cette donnée. Il est de toute façon difficile de juger de leur qualité tant l’information présentée au sujet du protocole scientifique a été jugée insuffisante.

Le verdict de l’ANSES et du HCB

Toutes ces polémiques ont bien sûr largement fragilisé le crédit des travaux de Gilles-Éric Séralini dont il est vrai qu’ils accusaient certaines faiblesses méthodologiques. Soucieuses de trancher sur la question de cette étude une bonne fois pour toutes, le Ministère de l’écologie a saisi pour avis le Haut Conseil des Biotechnologies et l’Agence Nationales de Sécurité Sanitaire. Ces deux instances scientifiques de haut niveau ont toutes deux réfuté les conclusions du professeur Séralini.
En effet, les HCB et l’ANSES ont confirmé les carences méthodologiques pointées du doigt à l’occasion de la publication de l’étude sur le maïs NK 603. « Le dispositif expérimental mis en œuvre est inadapté aux objectifs de l’étude » avance ainsi le HCB, expliquant par exemple que « le nombre de rats par groupe est insuffisant et les groupes témoin ont un effectif inadapté pour pouvoir conclure à des effets statistiquement significatifs de la consommation de maïs sur deux ans ».
Les instances officielles confirment ainsi la légitimité des critiques adressées plus tôt à l’étude de Gilles-Éric Séralini par ses pairs. Néanmoins, la nature même de ces travaux peut et doit encore alimenter une réflexion critique plus large sur les OGM et l’évaluation de leur impact sur la santé publique. Si le verdict de l’ANSES s’inscrit dans la même veine que celui du HCB, l’Agence ne manque ainsi pas de souligner l’intérêt initial de la démarche poursuivie par Gilles-Éric Séralini. « Cette étude présente la particularité de tester parallèlement sur cette longue période et à plusieurs doses une PGM traitée et non traitée par un produit phytopharmaceutique ainsi que la formulation phytopharmaceutique complète seule. À ce titre, il n’a pas été trouvé d’équivalent dans la littérature » peut-on lire dans le compte rendu de l’ANSES. Une façon de rappeler que nos connaissances sur les effets de la consommation d’OGM sur le long terme sont proches de zéro.

Avec cette réfutation en bonne et due forme, la polémique prend ainsi fin, mais pas le débat sur les OGM. Car en matière de santé publique, cette thématique s’apparente toujours à une grande inconnue. Ce que le HCB et l’ANSES n’ont d’ailleurs pas manqué de le rappeler en soulignant le caractère innovant de l’étude de Séralini ! À l’heure actuelle, aucune étude ne s’est penchée sur l’effet sur la santé d’une consommation d’OGM sur le long terme. Hormis l’étude de Gilles-Éric Séralini, dont les conclusions sont désormais invalidées, seules deux études se sont intéressées à cette question et toutes deux portent sur une période inférieure à 90 jours. Autant dire qu’à l’heure actuelle, l’Homme ne sait rien de ce qu’il encourt en consommant des variétés de légumes qu’il a lui-même conçu. Il ne se fie pour en juger qu’à sa bonne foi de créateur ! Loin d’avoir conforté les OGM dans leur position, l’invalidation des travaux de Gilles-Éric Séralini ne fait que prolonger le débat. L’affaire est donc à suivre.