Énergies renouvelables : les objectifs européens sont-ils réalisables ?

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Les objectifs européens sur les énergies renouvelables sont ambitieux puisque celles-ci devraient constituer 20% de la consommation énergétique en Europe d’ici 2020. Un projet qui suppose l’action des pays membres, et des investissements coûteux.

Des objectifs ambitieux

La part moyenne des énergies renouvelables dans l’Union européenne était de 8,5% en 2007. Dans sa directive, la commission demande aux États membres de faire passer ce taux à 20 % d’ici 2020. La Commission fixe à chaque État des objectifs individualisés pour atteindre cet objectif global, en augmentant de 5% chaque année leur part actuelle de renouvelable. Ainsi, la part de l’Allemagne devrait être de 18%, celle du Royaume-Uni de 15%, celle de l’Espagne de 20%, et celle de la France de 23%. Le Danemark, la Finlande, l’Autriche, et la Suède, se voient fixer des objectifs supérieurs à 30%.

Mais la Commission ne s’est pas contentée de fixer de tels objectifs aux États, elle a également assorti sa directive de dispositions contraignantes. En particulier, elle a fixé des objectifs intermédiaires de façon à vérifier la progression des pays membres. Certes, ces étapes intermédiaires ne sont pas impératives, mas elles pourraient permettre de sanctionner les pays qui seraient trop loin de leur objectif pour qu’il soit réalisable en 2020. Enfin, tous les pays ont élaboré leur plan d’action national, la Commission les laissant libres de choisir les types d’énergie et leur proportion dans leur bouquet de renouvelables : solaire, éolien, biogaz, etc.

Des investissements astronomiques

La réalisation des objectifs européens implique l’intégration des réseaux électriques européens. Ils doivent en effet, être capables de se compléter et le cas échéant de se secourir aussi bien en termes de transport que de distribution. Outre le soutien aux programmes de travaux d’infrastructures et de recherches de chaque État, la Commission œuvre sur l’interconnexion avec les pays baltes, et la Turquie. Elle coopère avec les pays du sud méditerranéen pour obtenir de l’énergie solaire notamment en période hivernale. Il s’agit de bâtir un méga-réseau européen dans lequel la France a une place essentielle pour l’interconnexion. Ainsi à l’horizon 2050, 47 gigawatts devraient transiter entre la France et l’Espagne, alors qu’en 20 ans les capacités sont passées de 1 à environ  2 gigawatts.

Ces projets coûteux nécessitent des investissements de grande ampleur avec en particulier la construction des « super grids », des lignes capables de transporter 1 million de volts. De même, la technologie des « smart grids » doit être développée : des lignes capables de s’adapter à la consommation de l’utilisateur final. A cela s’ajoutent les difficultés nationales, comme en France où les travaux d’implantation d’une ligne durent en moyenne dix ans. Partout, la vigueur des écologistes impose le respect de contraintes environnementales sévères. Notamment, la seule liaison entre la France et l’Espagne est encore débattue, tandis que le projet de ligne dans les gorges du Verdon a été abandonné. Pour concrétiser sa stratégie de renoncement au nucléaire, l’Allemagne commence seulement à modifier sa législation. Ainsi, en Europe, l’énergie renouvelable avance très lentement.