Le « Village vertical » de Villeurbanne, un projet à la pointe de la gestion de l’habitat dans l’agglomération Lyon

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Issu d’un projet ambitieux, baptisé « Village vertical », le premier immeuble autoconstruit en coopérative d’habitation sera mis en service au printemps 2013. Un immeuble qui représente à la fois l’expérimentation d’un nouveau mode de gestion de l’habitat, d’un nouveau mode de vie, d’un modèle social unique en son genre, et une forme de solidarité.

Les origines du projet

En 2005, un couple trentenaire, sur liste d’attente pour accéder à un logement social, et désabusé face aux prix de l’immobilier. Le couple réunit des amis pour tenter d’acheter un bien immobilier ancien. L’objectif était alors pour eux, d’unir leur portefeuille pour pouvoir créer leur logement, avec des objectifs de vie communs, s’exprimant par un partage des espaces, une solidarité entre voisins, et des responsabilités partagées dans la gestion du bien. Une idée qui n’a pas abouti dans un premier temps, notamment à cause des difficultés juridiques que posait ce type de projet. Sur les quatre familles associées au projet, deux ont alors rapidement abandonné. Mais les deux autres ont continué à réfléchir aux possibilités qui pouvaient s’offrir à eux. C’est alors, qu’ils ont croisé le chemin de l’association Habicoop, une organisation dédiée à la promotion de l’habitat coopératif. Grâce à cet organisme, ils ont fait le choix de créer une coopérative d’habitant, dans les valeurs de leurs ambitions initiales. Ce projet, baptisé Village vertical, avait donc pour motivation de réunir des ménages, dans l’objectif de construire collectivement un immeuble, de l’habiter, et de le gérer selon un principe démocratique. Et ce, dans la culture de valeurs solidaires, écologiques, de rapports conviviaux, de l’entraide, et du partage des responsabilités. Un projet qui pourrait paraitre utopique, mais qui est pourtant déjà en marche, notamment grâce à des partenariats clés.

Le « Village vertical « , un projet coopératif bien entouré

Grâce à l’alliance des deux premières familles du projet avec Habicoop, plusieurs rencontres clés ont permis au projet de prendre forme. Une société anonyme coopérative de construction, Rhône-Saône Habitat, s’est ainsi associée au projet. Un partenaire d’une grande importance, car cette entreprise dispose des compétences nécessaires à la maitrise d’ouvrage, et de fonds suffisant pour le portage financier. C’est d’ailleurs à l’initiative de cette société qu’ont été décidés deux programmes immobiliers. L’un comprenant 14 appartements, spécifiquement dédiés au Village vertical, l’autre comprenant 24 appartements, proposés en tant que logement sociaux. Ces programmes ont permis à la coopérative Village verticale, d’acquérir du terrain en tant que bailleur social, et de sécuriser le projet. D’autre part, la ville de Villeurbanne a apporté sa contribution, car la ZAC des Maisons Neuves de Villeurbanne n’était pas dédiée à ce type de projet immobilier. Le coût des terrains était donc, à l’origine, bien plus élevé, car non destinés à des bailleurs sociaux. Mais le projet n’a pas bénéficié uniquement du soutien d’Habicoop, de Rhône-Saône Habitat, et de la ville de Villeurbanne, mais aussi de la Région Rhône-Alpes, de la Nef, et de l’Union Régionale des Sociétés Coopératives et Participatives (URSCOP). C’est grâce à l’engagement de tous ces acteurs que le projet est devenu une réalité, car les obstacles ont été nombreux.

Un cadre juridique inadapté

Le projet Village vertical s’est construit dans un contexte juridique qui ne prévoit pas ce type de projet, encore moins pour des entités de type coopérative. Que ce soit au niveau de l’accession des terres, des statuts juridiques, des portages de fonds ou encore au niveau de la gestion du village, le cadre juridique est inapproprié. Il a donc été décidé la création d’une SAS, et la rédaction de statuts se rapprochant le plus du modèle de coopérative, et ce, pour répondre aux contraintes du système de production du logement conventionnel. D’autre part, pour faire respecter les valeurs du projet par les candidats aux logements sociaux, il aura fallu établir un partenariat des plus complexes. Ce dernier doit en effet garantir le respect des règles d’attribution des logements sociaux, sans pour autant perdre les valeurs du projet. Un mixage délicat qui a tout de même abouti grâce aux compétences juridiques de certains acteurs du projet. Mais encore, pour faciliter les financements, les surfaces collectives ont été réduites. Les collectivités locales ont dû accepter une nouvelle forme de garantie d’emprunt. Sur ce point, le soutien de Rhône-Saône Habitat a été crucial, ainsi que son programme pour sécuriser le projet immobilier. Mais malgré les difficultés, le concept séduit de plus en plus d’acteurs de l’immobilier.

Le Village vertical, un concept d’avenir ?

Les villes et collectivités locales sont confrontées à un contexte économique qui suggère de nouvelles façons d’appréhender l’immobilier. La spéculation effrénée, le réchauffement climatique, la montée de l’individualisme, la crise du logement sociale ou encore la pauvreté, sont autant de facteurs qui favorisent de nouvelles réflexions en matière d’urbanisme, d’éco-construction, mais aussi en matière de modèles sociaux. Le concept du Village vertical, regroupant plusieurs de ces aspects, incite donc de nombreuses villes à le reproduire. Aujourd’hui, une cinquantaine de projets comme celui du Village vertical sont en cours. Mais personne ne sait aujourd’hui si ce concept pourra un jour se substituer aux modèles de développement immobilier conventionnel. D’ailleurs, la véritable question suggérée par le concept du Village vertical est celle des modèles sociaux qui en découleront. Les valeurs de solidarité, d’entraide, et de partage, étant inaliénables à ce type de projet immobilier, nombreux sont ceux qui se demandent comment peuvent évoluer les relations de voisinage. Le concept est pour le moment au stade expérimental, mais il y a fort à parier qu’il se développera à des échelles plus importantes. Il n’est pas impossible que d‘ici quelques années, le concept du Village vertical se développe à l’échelle de ZAC par exemple, ou de plusieurs quartiers, ou pourquoi pas à l’échelle de toute une ville.

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