Le captage du CO2 en Europe : un chantier technologique d’avenir

Le captage et la séquestration du dioxyde de carbone sont une solution d’ingénierie qui contribue à la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre. Alors que son utilité est toute trouvée pour l’industrie, son utilisation est loin d’être une pratique systématique ou même fréquente. La faute en revient notamment à la jeunesse de cette technologie ainsi qu’à des conditions de développements difficiles.Cheminée

L’obstacle majeur à l’adoption du captage du dioxyde de carbone sur les sites industriels réside tout d’abord dans le fait que cette technique demeure soit couteuse, soit inadaptée aux sites considérés, ou encore insuffisamment performante pour être utilisée de manière industrielle. Il existe par ailleurs trois grandes méthodes de captage de CO2.

Il est par exemple possible de séquestrer le dioxyde de carbone présent dans un combustible avant même son utilisation. On applique cette technique, dite de précombustion, à des combustibles réduits à l’état gazeux, mais elles requièrent des équipements spécifiques qui la rendent parfois difficile à utiliser sur des sites industriels qui n’ont pas été conçus à cet effet.

Deuxième technique, l’oxycombustion consiste à remplacer l’air utilisé lors de la combustion par de l’oxygène pur. De cette façon, les fumées rejetées ne sont composées pour l’essentiel que de dioxyde de carbone et d’eau. Il est dès lors facile d’isoler ces deux produits par simple condensation de l’eau. Malheureusement, ce procédé demeure assez gourmand en énergie et n’en est qu’à un stade expérimental.

La technique la mieux maîtrisée aujourd’hui demeure celle de la postcombustion. Elle consiste tout simplement à trier les fumées rejetées au cours d’une combustion traditionnelle. L’extraction du CO2 se fait au moyen d’un solvant qui agglutine le dioxyde de carbone qu’il faut ensuite séparer. La technique de la postcombustion se transpose aisément d’un site industriel à un autre. Un problème demeure toutefois : son coût est important, notamment en raison de sa consommation d’énergie importante.

Le captage du CO2 souffre ainsi encore d’une insuffisance certaine de maturité technologique. Pour des raisons économiques ou simplement techniques, ce procédé doit encore faire l’objet de recherche, de test et d’amélioration. Malheureusement, les aléas de l’Histoire n’ont pas favorisé le développement rapide de cette technologie en Europe où des initiatives d’envergure sont tombées à l’eau.

En décembre 2012 notamment, le groupe Arcelor Mittal faisait savoir son intention de se retirer du projet Ulcos. Ce projet européen avait pour objet de développer sur le site de Florange un dispositif expérimental de captage et de stockage du dioxyde de carbone. Consécutivement à ce désengagement, l’ensemble des offres en lice pour participer à Ulcos s’est donc vu l’herbe coupée sous le pied. Mort dans l’œuf, Ulcos libérait ainsi d’ailleurs plusieurs millions d’euros de financement européen qui lui était initialement dédié.

Fort heureusement, la Commission européenne n’a pas cessé ses efforts à la suite de ce demi-échec. Elle a fait savoir en mars 2013 qu’un second appel d’offres à destination des acteurs de secteur de captage du CO2 serait ouvert avril 2013 et se prolongerait jusqu’en 2014. Cet appel d’offres est organisé dans le cadre du programme de financement européen NER300, doté de 1,2 milliard d’euros. Ce coup de pouce décisif des pouvoirs doit permettre à la filière de démontrer la viabilité de ses solutions et de pérenniser leur activité commerciale. Nul doute que ce soutien public sera décisif pour les acteurs de ce chantier technologique. Affaire à suivre donc.