Gestion des déchets nucléaires : quelle politique pour la filière française ?

ContenerAu Japon, la catastrophe de Fukushima a une fois de plus alerté l’opinion mondiale quant à la dangerosité de l’utilisation du nucléaire. Loin de minimiser ce risque, de nombreux pays continuent pourtant à le développer, en prenant les précautions les plus minutieuses. Et parmi eux, la France, qui, grâce à un savoir-faire précieux et des phases opérationnelles parfaitement étudiées, le nucléaire y est très bien maîtrisé depuis le traitement jusqu’aux déchets. Aussi, si le sort réservé aux déchets nucléaires est souvent la question récurrente de ces dernières années, force est de constater que la politique française en la matière est plutôt satisfaisante.

Les déchets nucléaires, majoritairement issus de l’industrie électronucléaire

La radioactivité est utilisée dans de nombreux secteurs d’activités comme dans le médical ou dans le cadre de la recherche scientifique par exemple. Cette exploitation n’est cependant pas dénuée de conséquences. Il en résulte effectivement divers résidus dont les propriétés radioactives sont encore actives durant plusieurs années voire jusqu’à plusieurs millénaires selon leur type. Si aucune utilisation ultérieure de ces résidus n’est prévue, ils sont dès lors considérés comme des déchets nucléaires ou déchets radioactifs. À ce titre, ces résidus doivent être manipulés d’une manière très précise. En France, la plus importante portion de ces déchets nucléaires provient de l’industrie électronucléaire, soit 59 %. Loin devant les résidus radioactifs produits dans le cadre des activités de recherche (29 %), de défense (11 %) ou du domaine médical (1 %).

Des déchets nucléaires classifiés

En France, les déchets nucléaires sont classifiés selon 5 différentes catégories, directement établies en fonction de leur durée de vie et de leur activité radioactive. Les déchets de Très Faible Activité, ou TFA, sont tout d’abord ceux dont le niveau de radioactivité est généralement inférieur à 100 Becquerels par gramme (Bq/g), soit moins de 0,01 % de la radioactivité. Ce premier type de résidus est évalué à 27 % du volume total de déchets. Les déchets de Faible et Moyenne Activité à Vie Courte ou FMA-VC, avec 0,02 % de la radioactivité, constituent 63 % du volume total. Les déchets de Faible Activité à Vie Longue ou FA-VL représentent 7 % du volume avec une radioactivité de 0,01 %. Au quatrième niveau de cette classification se trouvent les déchets de Moyenne Activité à Vie Longue, ou MA-VL. Ils représentent une radioactivité de 4 % et 3 % du volume total.

Enfin, les déchets les plus radioactifs sont également appelés de Haute Activité, ou HA. Ces derniers représentent 0,2 % des déchets nucléaires, mais leur niveau de radioactivité est de 96 %, soit entre plusieurs milliards à plusieurs dizaines de milliards Bq/g. Un coup d’œil sur cette classification est essentiel pour évoquer les déchets nucléaires, car elle permet de constater que ceux-ci sont composés en majorité par les résidus les moins radioactifs et d’une durée de vie courte : les déchets FMA-VC et TFA.

La France à la pointe dans le domaine des traitements des déchets nucléaires
Depuis 1969, la France applique une politique drastique en matière de gestion des déchets nucléaires. Dans ce cadre, l’opération consiste à les dissocier puis à les confiner dans divers contenants avant de les entreposer au sein de sites spécialement aménagés. Dans le cas des déchets FMA-VC, qui sont généralement les divers accessoires utilisés sur les installations nucléaires tels les gants, les outils ou les vêtements, sont empaquetés dans des colis. En béton ou en métal, ils sont par la suite entreposés dans le centre de stockage FMA situé dans l’Aude. 90 % de l’ensemble des déchets nucléaires classifiés sont concernés par cette gestion opérationnelle.

L’autre spécificité française est également le recyclage des matières valorisables, soit celles qui dégagent 96 % de la radioactivité totale. Peu nombreux sont les pays qui opèrent dans cette filière, à l’instar de l’Inde, la Chine, la Belgique et la France. La Finlande, les États-Unis ou l’Espagne se contentent ainsi de confiner les déchets Hautement Actifs sous forme de MOX. Cette démarche française vise notamment à réduire la quantité de déchets radioactifs produits grâce au processus de traitement-recyclage. Mais, malgré cette avancée tricolore en matière de gestion des déchets nucléaires, les progrès restent encore à réaliser dans ce domaine. Comme en témoigne par exemple l’imposant budget qui représente 60 % des investissements, consacrés à la recherche et au développement de l’ANDRA, l’établissement public industriel et commercial chargé de la gestion de l’ensemble des déchets radioactifs en France.