RSE : des stratégies gagnant – gagnant ?

Les obligations des entreprises en matière de RSE s’étendent : le décret d’application de l’article 225 de la loi Grenelle 2 publié le 26 avril dernier a renforcé les contraintes en matière de reporting de l’impact environnemental et social. L’objectif : encourager les acteurs économiques à participer activement à la protection de l’environnement et de la société. Le contrairement aux idées reçues, le monde de l’entreprise aussi peut en tirer parti.

 

RSERSE : un déploiement encore freiné

Une enquête de l’INSEE publiée en 2012 révèle que plus de 50% des entreprises de 50 salariés et plus déclarent s’impliquer dans une démarche de RSE. Ce qui signifie que près de la moitié d’entre elles ne le font pas… et c’est une proportion considérable.  Les freins sont nombreux : Daniel Lebègue, le président de l’ORSE (Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises) en relève trois. Il cite « l’insuffisance des outils de mesures et d’évaluation des risques extra-financiers et des performances sociales et environnementales », la « crise économique [qui] a tendance à reléguer au second plan les enjeux de la RSE » et enfin l’absence de « véritable plan national d’action ». Autant de raisons qui font que la RSE, qui jouit pourtant d’une belle visibilité médiatique, ne se traduit pas tant que ça en actions dans les politiques des entreprises. Or elle est source d’avantages bien tangibles, pour l’environnement bien sûr, mais aussi  pour les entreprises…

 

Ce qui est bon pour l’environnement… peut être bon aussi pour son budget

L’un des volets de la RSE concerne les économies d’énergie. Or qui dit économies d’énergie, dit préservation de l’environnement bien sûr, mais aussi économies sur la facture énergétique. C’est sans doute d’ailleurs l’un des avantages les plus immédiatement visibles des stratégies de RSE. A la SNCF par exemple, la facture d’électricité annuelle s’élève à 600 millions d’euros. Dans le cadre de son action en matière de développement durable, l’entreprise s’engage à diminuer sa consommation énergétique de l’ordre de 20% d’ici 2022. Si, comme l’annonce Nicolas Fourrier, le directeur Energie de la SNCF, cet objectif s’inscrit dans son statut « d’entreprise citoyenne » qui « se reconnaît donc tout à fait dans la démarche du débat sur la transition énergétique engagée par le Gouvernement », il admet bien volontiers que « le raisonnement est d’abord économique ».

 

La RSE source d’innovation et d’ouverture à de nouveaux marchés

Certains ont d’ores et déjà compris tout l’intérêt de la démarche, et ont saisi cette opportunité pour innover et se positionner sur les nouveaux besoins, et les marchés « verts » qu’elle contribue à faire naître. Romain Ferrari, le directeur général de Serge Ferrari, une entreprise iséroise de 600 salariés qui fabrique des matériaux composites, est convaincu que « la transition sociale et environnementale est en réalité un véritable territoire d’innovation et de progrès, et doit en cela être placée au cœur du développement des entreprises ». Serge Ferrari a ainsi développé des modes de production éco-conçus, qui lui ont permis de proposer des solutions techniques performantes sur le plan environnemental et social… et de remporter grâce à elles de beaux marchés, dont celui de la fourniture de matériaux aux Jeux Olympiques de Londres. Autre exemple, dans le cadre de ses actions en faveur du développement durable, Serge Ferrari a innové en développant une activité de recyclage, qui valorise les déchets et est, aussi, une source d’emplois en interne.

La RSE devient donc un enjeu essentiel pour nombre de PME qui souhaitent se positionner sur des marchés publics ou travailler avec des grands groupes, prompts à réclamer auprès de leurs partenaires un alignement des exigences en matière de développement durable. Il importe d’ailleurs de signaler que l’article 225 de la loi Grenelle 2 impose aux entreprises concernées par les obligations de reporting RSE d’informer sur « l’importance de la sous-traitance et la prise en compte dans les relations avec les fournisseurs et les sous-traitants de leur responsabilité sociale et environnementale ». Une disposition qui ne fera donc que renforcer le phénomène.

 

La RSE renforce la productivité… et le bien-être au travail

Si mettre en œuvre une démarche RSE peut avoir une influence directe sur les résultats économiques de l’entreprise, elle peut aussi jouer sur sa productivité. Une étude de l’AFNOR (1) rendue publique en janvier dernier révèle ainsi qu’ « agir en faveur de l’environnement engendre une motivation accrue et un développement personnel ». C’est ainsi que les démarches environnementales augmenteraient de 16% la productivité des employés. Un effet positif observé aussi par des entreprises engagées dans des actions RSE plus larges. Didier Papaz, le président du groupe Optic 2ooo, enseigne leader du marché de l’optique en France, considère pour sa part que « chaque entreprise peut contribuer, à travers son cœur de métier, à faire des choses utiles socialement ». C’est ainsi que le groupe, outre ses actions en faveur du développement durable, s’attache à se « rendre utile partout où [leurs] compétences et [leurs] moyens peuvent être mobilisés à bon escient. En l’occurrence, dans le domaine de la santé et de la vision ». Dans cet esprit, Optic 2ooo s’est engagé à plusieurs niveaux : dans le financement de la recherche sur les maladies oculaires (avec le mécénat de  l’Institut de la Vision, dirigé par le Professeur José-Alain Sahel), dans l’accessibilité des produits pour le plus grand nombre, ou encore dans des actions humanitaires en Afrique (création d’un centre optique et dépistage visuel des enfants au Burkina Faso, fourniture de verres et de montures en Mauritanie ). L’impact social est donc mesurable… tout comme sont palpables, en interne, les bienfaits de ces engagements sur les collaborateurs Optic 2ooo. Didier Papaz explique en effet : « Généralement, les collaborateurs en ressortent très fiers d’eux-mêmes et de leur entreprise : ils attribuent ainsi un sens à leurs compétences ». La RSE est donc devenue une source de motivation et de bien-être au travail, essentielle pour la productivité.

Plusieurs freins continuent à bloquer la généralisation des politiques RSE dans les entreprises. Certaines y voient une source de contraintes et de coût, et n’envisagent pas de retombées autres qu’une éventuelle amélioration de leur image de marque. Or il s’agit pourtant d’un levier de productivité beaucoup plus large, comme le confirme une synthèse de l’IGPDE publiée le 24 octobre dernier (2) : « bien qu’elle représente un certain coût, la RSE constitue également un instrument de productivité de première importance ». Une stratégie gagnante, pour l’environnement d’abord, et pour l’entreprise aussi !

(1)  http://www.afnor.org/groupe/espace-presse/les-communiques-de-presse/2013/janvier-2013/les-demarches-environnementales-augmentent-de-16-la-productivite-des-salaries-etude-aupres-de-4-929-salaries-francais

(2)  http://www.institut.bercy.gouv.fr/sections/recherche_publications/actes/regards_croises/regards2012/synthese25octobre2012/downloadFile/attachedFile/regars25102012_synthese.pdf