Quand explose le cours du thon

Début 2013, le thon rouge atteint un prix record au Japon. Vendu à la criée, le plus gros spécimen jamais pêché dans la mer d’Oma à Honshu, est acquis par Kiyoshi Kimura, fin gourmet et spécialiste des métiers de bouche. Le cours du thon explose face au dépérissement des ressources marines, dont le stock sera épuisé d’ici une trentaine d’années selon les recherches effectuées par des experts canadiens.

ThonPourquoi le thon est-il vendu aussi cher ?

Théâtre du plus grand marché aux poissons du monde, le quartier de Tsukiji à Tokyo accueillait le 5 janvier 2013, le plus gros thon rouge de l’histoire. Ce spectaculaire spécimen de plus de 220 kilos a été vendu aux enchères à 1,36 million d’euros, une acquisition hors du commun, qui cacherait une stratégie marketing infaillible selon certains acheteurs. Kiyoshi Kimura, l’heureux gagnant de cette vente à la criée est le propriétaire d’une chaîne de restaurants japonais spécialisés dans les sushis. Il avait déjà remporté le plus gros lot de thon rouge en 2012. Bien que le prix de son acquisition soit des plus onéreux, Kiyoshi Kimura envisage de le servir dans ses restaurants au prix habituel de 1 euro le plat contre une valeur estimée à 300 euros si l’on tient compte de son prix réel. La presse locale a relaté les avis de certains acheteurs qui se montrent suspicieux par rapport à ce prix anormalement élevé du poisson. Bien que cette vente soit une réelle publicité pour les pêcheurs de Honshu, elle demeure une opportunité pour Kiyoshi Kimura de se faire connaître dans le monde entier, une stratégie qualifiée de marketing déguisé selon les critiques. Mais, acheter du thon aussi cher relève également d’une affaire de fierté pour les Japonais. Les Nippons vouent un culte inaltérable au thon rouge depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, ils consomment les deux tiers de la production mondiale. La criée de janvier est par ailleurs un événement majeur au Japon. Durant cette période hivernale, le thon est encore plus savoureux, car il se couvre de matière grasse pour résister au rude climat.

Le thon rouge : une rivalité accrue entre les pays de l’Asie

La renommée de la criée de janvier à Tsukiji a depuis quelques années dépassé les frontières de Tokyo, voire du Japon. Aujourd’hui, nombre d’étrangers – dont une majorité de Chinois – se ruent vers la capitale nippone pour participer à la course folle au thon le plus cher du marché quelques jours après le Nouvel An. Outre les conditions de pêche assez rudes, ne permettant pas de couvrir les demandes croissantes de consommation, le prix du thon est maintenu élevé pour que les Japonais puissent garder leur prestige face à la montée en puissance des autres pays de l’Asie. À ce jour, aucun étranger n’a encore pu devancer les Japonais lors de cette vente aux enchères. Selon la théorie de certains chercheurs, le maintien du thon à un prix aussi exorbitant serait le fruit d’une rivalité géographique entre le Japon et la Chine. Cette situation est en quelque sorte une riposte des Japonais contre les Chinois qui maintiennent leur souveraineté en mer de Chine méridionale. Mais cette rivalité aura-t-elle une fin ? Telle est la question que se posent les experts en halieutique qui martèlent que le thon comme de nombreuses autres espèces de poissons est victime d’une surexploitation. L’océan s’épuise à une vitesse grandiose. La surpêche menace 30 % des ressources halieutiques mondiales et risquerait d’épuiser son stock de poissons et de fruits de mer d’ici 2048.

Une surexploitation alarmante

Près de 12 % de la population mondiale vit directement ou indirectement de la pêche. Selon les statistiques établies par la FAO, chaque personne consomme une moyenne de 18 kilos de poissons et de crustacés par an. Mais les exploitations sont inégalement réparties dans le monde. Les plus gros consommateurs et par conséquent les plus gros exploitants restent les Asiatiques. Bien que des mesures de régularisation de la pêche soient mises en place, les autorités ont souvent du mal à les faire respecter. Certains exploitants bien conscients de l’épuisement des ressources marines ne cessent d’augmenter la taille de leurs filets et de leurs paquebots pour pouvoir transporter une quantité accrue de marchandises. Des chercheurs canadiens tablent sur une disparition intégrale des ressources halieutiques d’ici 36 ans. Bien que cette théorie ne fasse pas l’unanimité auprès des scientifiques, la majorité partage le même constat : l’océan s’épuise à une vitesse exceptionnelle et il serait temps de réagir pour éloigner le plus longtemps possible ce point de non-retour. La FAO incite ainsi les exploitants à pratiquer la pêche durable et équitable en investissant dans des technologies plus respectueuses de l’environnement et en établissant une étude environnementale au préalable.