Et si les moteurs électriques favorisaient le développement d’une logistique verte

Avec la croissance du e-commerce qui induit une augmentation des livraisons à domicile, et les impératifs écologiques de notre époque, de nouvelles réflexions émergent sur les moyens et méthodes de livraison. Les camions électriques présentent aujourd’hui une alternative pertinente pour répondre aux problèmes de pollution sonore et atmosphérique des villes, et pour désengorger les réseaux routiers urbains. Cependant, l’usage de camions électriques impose une approche logistique différente.

Maxity ElectricLe camion électrique : un moyen de livraison propre

Lancé en 2010, le camion électrique du constructeur Renault Truck, le Maxity Electrique, a déjà convaincu plusieurs entreprises, dont les sociétés Greenway Services et GF Service, qui exploitent la majorité des camions électriques en service, de Renault Truck. Une vingtaine de ces camions sont en circulation depuis 2010, et le bilan de leur utilisation est très positif. Le directeur général de Greenway Services témoignait récemment dans un communiqué, que le Maxity Electrique est un camion qui répond en tous points, aux besoins d’un transporteur, et qu’il est même mieux adapté à l’environnement urbain. L’autonomie du Maxity Electrique, sa taille, et son importante charge utile, admettent une productivité équivalente à celle des camions à moteur thermique, avec l’avantage de ne pas produire de pollution sonore, et d’être écologiquement propre. Des avantages qui permettront à GF Service d’effectuer des livraisons nocturnes, et d’améliorer davantage la productivité de ses camions électriques. L’entreprise souligne d’ailleurs la très grande maniabilité du Maxity Electrique, un autre avantage d’une grande importance en milieu urbain. Mais les entreprises ne sont pas les seules à être satisfaites, car les grandes villes comme Paris ou Toulouse sont elles aussi convaincues que le camion électrique représente l’avenir du transport de marchandises urbain. Cependant, le camion électrique de Renault Truck, ne dispose que d’une autonomie de 100 km, ce qui est déjà beaucoup pour un véhicule de gros gabarit, mais cette donnée oblige les transporteurs à s’adapter aux spécificités de ce type de camion.

Les contraintes de l’électrique imposent une logistique différente

Grandes villes et transporteurs s’accordent à dire que le camion électrique présente une alternative pertinente au transport de marchandises en milieu urbain, mais la généralisation de ce moyen de transport ne pourra se faire que par une révision de la logistique des approvisionnements. En effet, l’usage de véhicules électriques apporte de nouvelles contraintes auxquelles les transporteurs doivent s’adapter pour rationaliser leurs coûts d’exploitation. La recharge des batteries, l’autonomie des camions, leur coût élevé de location, ou encore leur capacité de charge sont autant d’éléments qui influent sur l’organisation des livraisons, sur les rotations de camion. Sachant que l’autonomie des camions électriques n’excède pas les 100 kilomètres, la solution la plus pertinente consiste donc à créer des plateformes de livraison en périphérie des villes. Les camions à motorisation thermique viendraient ainsi y déposer leur chargement, sans avoir besoin de pénétrer dans le centre-ville, et les camions électriques prendraient alors le relais en faisant des va-et-vient entre ces plateformes et les différents commerçants du centre-ville. Mais cela ne suffit pas à diluer le coût supplémentaire que représente la location de véhicules électriques, bien plus chers que des véhicules à moteur thermique. La solution consisterait donc à mutualiser les livraisons.

La mutualisation des livraisons : une condition indispensable

Au-delà d’une logistique différente, l’usage de camions électrique, impose de nouveaux modèles économiques, car le coût du transport est plus élevé. Un prix, que beaucoup d’entreprises ne sont pas prêtent à payer, encore moins en temps de crise. Alors pour diluer le surcoût du transport par camion électrique, le groupe de logistique Transport & Logistique Deret, a eu l’idée de grouper les livraisons d’un de ses clients (Sephora), avec d’autres commerçants, en partageant l’espace de chargement des camions, mais aussi en partageant les dépôts en périphérie. Ainsi, en plus de réduire la facture d’un trajet, le nombre de rotations diminue considérablement, et influe donc sur le coût global des livraisons. Sans oublier que cette mutualisation des livraisons permet de réduire davantage l’impact environnemental, et de désengorger les réseaux urbains. En effet, les magasins situés en ville disposent rarement d’espace de stockage important, ce point les oblige à demander de petites livraisons, mais régulièrement. Grâce au système de plateforme en périphérie, les livraisons peuvent être encore moins volumineuses, et se faire plus régulièrement. Concrètement, les camions s’arrêtent plus fréquemment, mais restent stationnés très peu de temps pour les déchargements. Ainsi, à l’image du modèle mis en place par le groupe de logistique Transport & Logistique Deret pour Sephora, la mutualisation des livraisons apparait comme une solution des plus adéquates pour favoriser le déploiement des camions électriques à l’échelle de plusieurs villes.

Vers une mutualisation généralisée

La mutualisation au niveau du transport, et des dépôts en périphérie est amenée à se généraliser selon certains logisticiens, car les grandes villes ressentent de plus en plus le besoin de désengorger leur milieu urbain, qui croit constamment. De plus, l’essor du e-commerce entraine une fragmentation des livraisons, qui donne lieu à des va-et-vient toujours plus nombreux alors que la taille des colis va en diminuant. Conséquence, beaucoup de camions à moitié pleins, voire quasiment vides, circulent en centre-ville, ce qui n’est pas pour plaire aux riverains. Les villes de Toulouse, Paris, ou Lyon ont déjà adopté des dispositifs favorisant le recours aux camions électriques, en interdisant par exemple, l’accès des camions à moteur thermique à certaines rues, aux heures de livraison. Une manière de contraindre les commerçants et transporteurs de revoir leur logistique et leur modèle économique. Les riverains sont les premiers à accueillir favorablement ce type de dispositif incitant à la mutualisation des livraisons, et de nombreuses villes se penchent sur la réduction du nombre de camions à moteur thermique, pour améliorer la qualité de vie en centre-ville. La mutualisation tend donc à se généraliser, et pas seulement en matière de transport, car l’idée de mutualiser tous les vecteurs de livraisons (ex : boites aux lettres collectives), fait désormais son chemin dans les réflexions des élus des grandes villes.