Non, l’ours polaire ne bénéficiera pas de la protection de la communauté internationale

Longtemps menacé par la fonte de la banquise, l’ours polaire aurait pu bénéficier de la protection de la Cites, si cette dernière a décidé d’autoriser le commerce international de l’espèce. Sauf que non, l’organisation n’a pas souhaité le classer dans l’annexe I de sa liste des animaux protégés. L’avenir du grand prédateur parait désormais plus qu’incertain.

Ours BlancPas de protection pour l’ours polaire

Ces dernières années, des scientifiques de tous bords multiplient les alertes sur une possible extinction de l’ours polaire. Ces avertissements font suite à la publication de rapports, attestant la chute de la population du mammifère depuis le milieu des années 80. En cause, le réchauffement climatique fait fondre de plus en plus rapidement la banquise. Cette plateforme forme pourtant l’essentiel du territoire de chasse et de l’habitat de l’ursidé. Aux yeux de plusieurs spécialistes, la dégradation de son environnement naturel est la plus grande menace qui pèse sur le grand ours blanc. Les individus morts par noyade — du fait de l’amincissement de la calotte glaciaire —, et ceux tués par la faim et le froid se comptent par centaines chaque année.

Davantage d’experts commencent également à désigner la chasse comme autre danger pour la survie de l’animal. Cette activité n’est plus pratiquée ailleurs qu’au Canada, et pourtant, elle fait grincer des dents les défenseurs de l’environnement. Des centaines d’ours blancs meurent chaque année, tombés sur les pièges ou sous les balles des Inuits. Ces individus tués alimentent le commerce de viande, de peaux, de crânes et de griffes d’ours en Amérique du Nord, mais aussi dans le reste du monde. Le tout, sous l’oeil bienveillant du Canada, la pratique y étant parfaitement légale.

Les défenseurs des animaux revendiquent depuis longtemps l’arrêt, ou au moins, la régulation de ce commerce, sans succès. En 2010, les contestataires réussissent à convaincre les États-Unis à leur cause. Une demande d’inscription de l’ursidé sur l’annexe I de la liste des espèces protégées a été déposée durant la rencontre annuelle de la Cites. Là encore, les États membres ont refusé la proposition des USA. Une seconde requête a été formulée à la même organisation le 7 mars 2013. Encore une fois, les émissaires réunis à Bangkok se dérobent.

Les raisons d’un échec

La décision de la Citès en a étonné plus d’un. Beaucoup se demandent comment un organisme, censé protéger toutes les espèces menacées, peut refuser une protection méritée au symbole de la lutte contre le réchauffement climatique. Certes, les arguments avancés par le Canada semblent plausibles. Le peuple inuit pratiquerait avant tout un système de chasse durable, qui ne porterait aucun préjudice au renouvellement de l’espèce. Le pays invoque également le principe de l’exception culturelle, une exception souvent acceptée dans le milieu du commerce. L’argumentaire ne tient toutefois pas la route, compte tenu des enjeux de la protection de l’ours blanc.

Le pays ne doit le maintien du marché de l’ours polaire qu’aux fruits d’une vaste campagne de lobbying auprès des membres de la Citès. Non soutenus par les Américains, les Russes et les Danois, les émissaires canadiens ont fait pression sur d’autres représentants, notamment ceux de l’Union européenne. Et c’est là que le bât blesse : nombre de délégués européens ont préféré s’allier au Canada, pour des raisons commerciales et diplomatiques. Commerciales, puisque le Vieux Continent entretient de forts liens économiques avec l’autre géant d’Amérique du Nord sur tous les plans : militaires, finances et industriels. Beaucoup n’ont pas souhaité revivre les incidents diplomatiques de 2010, lorsque l’Europe a voté en faveur de l’interdiction de la chasse au phoque, une décision qui a suscité l’ire des dirigeants canadiens. Quid des autres pays ? Vu le nombre d’abstentions — 46 voix —, tout laisse à penser que les autres nations n’osent pas prendre parti, par peur de froisser le géant économique qu’est le Canada.

Un cas désespéré ?

Le refus de considérer l’ours polaire comme espèce menacée, selon les critères de la Cites, provoque un tollé général auprès des fervents défenseurs de la biodiversité. Certains qualifient même cette décision de sentence de mort du grand mammifère. Ces réactions sont légitimes et valables sur plusieurs points. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que, jusqu’à preuve du contraire, la plus grande menace pesant sur l’ours blanc reste à ce jour le réchauffement climatique. Si la chasse tue près de 600 individus chaque année, la fonte de la banquise, elle, est responsable de davantage de décès de l’animal.

Dans tous les cas, en refusant la demande des États-Unis, la Citès perd une occasion de réaliser une grande action pour la protection de l’ours blanc. Impuissante devant le réchauffement climatique, l’organisation ne l’est pas face à la chasse et au braconnage, deux pratiques qu’elle peut réellement contrôler ne serait-ce que partiellement. Or, toute action susceptible de sauver quelques vies parmi les 20 000 à 25 000 d’ours polaires restants est plus que jamais nécessaire actuellement. Certains scientifiques gardent néanmoins espoir en analysant le résultat du vote de la Citès en mars 2013. Sur les 126 pays réunis, 42 seulement ont refusé l’inscription de l’animal dans la fameuse annexe I des espèces protégées, contre 38 voix en faveur de la protection. Selon eux, il ne reste plus qu’à convaincre quelques États parmi les 42 opposants — et les 46 abstentionnistes — pour obtenir à l’avenir la sauvegarde de l’animal.