Urbanisation : jusqu’où pourrons-nous empiéter sur les terres arables ?

L’urbanisation démesurée à laquelle nous faisons face depuis plusieurs décennies fragilise l’économie du pays. Elle accroît les besoins de la population, mais contribue également à réduire le potentiel agricole en raison de la diminution des surfaces cultivables. Pour rester compétitive, la France devra ainsi envisager des mesures visant à limiter l’empiètement sur les surfaces arables.

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Le prix d’une urbanisation non calculée

Longtemps considérée comme une puissance agricole, la France semble être sur le point de s’essouffler. La surface des sols cultivables tend effectivement à diminuer de manière considérable pour laisser place à une urbanisation croissante lorsqu’on sait que le syndicat Jeunes Agriculteurs dénonçait déjà la disparition de 26 m² de terres arables chaque seconde il y a 2 ans. Les chiffres actuels ne se sont pas améliorés puisque 82 000 hectares de sols exploitables sont perdus chaque année, soit 2 fois plus qu’il y a 50 ans. Les paysages d’antan laissent ainsi désormais place aux zones industrielles, aux habitations, aux centres commerciaux, aux autoroutes ou au parking, et cela, à un rythme qui croît proportionnellement à l’augmentation de la population. La diminution des surfaces arables n’est toutefois pas causée uniquement par l’urbanisation, car elle se trouve également facilitée par les cessions de terre réalisées par les agriculteurs. Ces derniers préfèrent en effet vendre les surfaces non rentables et miser sur d’autres, plus fertiles, ou s’orienter vers d’autres activités. Au final, la perte des surfaces arables influe autant sur l’environnement – pollution, destruction de l’habitat naturel de certaines espèces, etc. – que sur les ressources alimentaires. La situation accroît la dépendance alimentaire française vis-à-vis des agriculteurs de pays tiers d’autant plus que la population française privilégie les ressources agricoles. À l’échelle européenne, les importations alimentaires représentent ainsi l’équivalent de la production de 35 millions d’hectares.

Lutte pour la terre

Dans le reste du monde comme en France, l’augmentation de la demande alimentaire sera la suite logique de la croissance démographique. Afin de répondre aux besoins de sa population, le pays doit de ce fait assurer une production agricole suffisante, d’où la nécessité de disposer de terres cultivables. Cela semble cependant difficile, car plus la population augmente et plus les besoins alimentaires seront importants. De même, les surfaces exploitables diminuent à mesure que l’urbanisation commence à prendre de l’ampleur. Afin de conserver son indépendance agricole, la France ne peut de ce fait que se lancer dans une bataille pour ses terres et envisager la négociation des contrats fonciers conclus avec certains pays importateurs. Ceux-ci portent sur la vente ou la location de millions d’hectares de terres arables afin de prévenir la hausse des denrées agricoles. L’urbanisation devrait toutefois ralentir dans les prochains mois, car les agriculteurs prennent de plus en plus conscience de la valeur de leur bien et n’hésitent pas à spéculer fortement. Du côté des acheteurs, le ralentissement économique participerait à diminuer les opérations d’acquisition de terrain et garantirait la préservation de surfaces exploitables suffisantes. À long terme, le déclin annoncé du pétrole ainsi que la montée en puissance des agrocarburants impliqueront la nécessité de produire davantage et donc de disposer de terres agricoles. La disparition progressive de ces dernières pénalise d’ailleurs le pays qui voit sa dépendance vis-à-vis des pays exportateurs de denrées alimentaires croître de jour en jour.

Limiter l’empiètement sur les surfaces arables

Bien que l’urbanisation traduise un développement économique positif, des initiatives doivent être prises afin de conserver la force agricole du pays. Des solutions ont d’ailleurs déjà été présentées par différentes entités au cours de ces derniers mois : la Driaaf propose par exemple la création d’outils de planification du territoire, à l’instar de la loi du Grand Paris ou du Sdrif, ainsi que le renforcement des agences chargées de la conservation des zones rurales comme le Safer, l’Ocean ou encore l’AEV. Le Driaaf propose également de créer des normes ainsi que des périmètres de protection destinés à préserver certaines surfaces arables de l’urbanisation. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) privilégie pour sa part l’instauration d’une forte taxe destinée à pénaliser les acquéreurs de terres détournées de leur vocation ou encore la mise en place de surfaces agricoles prioritaires et donc préservées des constructions urbaines. Bien que ses propositions solutionnent le problème des sols, elles ne résolvent pas le problème du manque de logements. Le parti Europe Écologie Les Verts (EELV) propose ainsi de procéder à une densification de l’habitat. Les nouveaux logements devront assurer l’accueil de davantage de personnes sur une surface réduite : les maisons à étage seront ainsi privilégiées. De telles mesures visent à garantir la dépendance alimentaire du pays en privilégiant le circuit court et le développement bio.