Automobile : la France à la traine en matière de RSE ?

« Bio », zéro émission ou encore « écoresponsable » sont quelques-uns des mots en vogue dernièrement, avec la progression et la mise en avant de l’attitude écologique. Pour les entreprises, le mot d’ordre sera RSE ou Responsabilité Sociétale de l’Entreprise. Où en sont les constructeurs automobiles français dans ce domaine ? Apparemment, ils se trouvent en queue de peloton.

TwizyL’automobile française, mauvaise élève en matière de RSE ?

Trois ans maintenant que Renault mène une campagne acharnée autour de ses véhicules électriques de la gamme ZE, dont la Kangoo, la Fluence, la Zoé et la Twizy. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une stratégie globale de RSE du constructeur, lequel souhaite s’orienter davantage vers les voitures moins énergivores et plus propres conformément aux directives de l’État français. Le plan de l’enseigne porte déjà quelques fruits : Renault est le premier constructeur à commercialiser des modèles électriques sur presque toutes les gammes (utilitaire, berline, familiale, citadine, minicitadine). Cette performance semble néanmoins insuffisante pour placer la marque au losange parmi les leaders en matière environnementale en Europe et encore moins à l’échelle du globe.

L’autre grand constructeur français, PSA Peugeot-Citroën, ne fait guère mieux. Malgré son positionnement très remarqué sur le segment hybride, avec ses modèles Peugeot 3008, Peugeot 508 et Citroën DS5, le groupe serait encore à la traine en matière de business durable. Telle est la conclusion d’une récente étude menée par les Allemands de l’Université berlinoise IZT, les Britanniques de l’Université de Leeds et les Français d’Euromed Management Marseille. L’enquête s’est déroulée entre 1999 et 2010, sur la base des données environnementales fournies par 17 constructeurs, entre autres Mitsubishi, Nissan, Honda, GM, Hyundai, Daimler, Daihatsu, BMW, Volkswagen et Toyota.

Un classement par « valeur durable »

Les initiateurs de l’étude ont opté pour une méthode entièrement fondée sur les statistiques pour évaluer les performances durables des constructeurs concernés. Neuf indicateurs, jugés majeurs pour évaluer le rendement des actions sociales, économiques et environnementales des entreprises, entrent dans leur calcul. Parmi ces paramètres figurent notamment le rejet de gaz à effet de serre, les émissions de SOx et de NOx, la production de COV, les capitaux financiers mobilisés ou encore les déchets produits. Pour chacun de ces indicateurs, les enquêteurs ont rapporté les ressources mobilisées/dépensées aux profits générés. Le résultat est par la suite comparé à la moyenne générale des constructeurs.

Prenons par exemple l’indicateur COV de PSA. Supposons que la marque a généré 1 million d’euros de profits en une année et a émis 500 tonnes de COV sur la même période. PSA réalise de ce fait 2000 euros de bénéfices par tonne de COV rejetée. Si la moyenne de l’industrie automobile pour cet indicateur s’élève à 1200 euros, le constructeur génère ainsi une « valeur durable » de + 800 euros. Si cette différence est négative, l’enseigne crée une valeur durable négative.

Dans la vraie vie, PSA Peugeot Citroën s’en sort moins bien. En 2010, l’alliance franco-française pâtit en effet d’une valeur durable négative de 401 millions d’euros, un déficit qui risque de se creuser encore selon l’enquête. La même désillusion frappe Renault, classée 16e parmi les 17 constructeurs étudiés. La marque au losange est tributaire d’un produit durable négatif de 1,2 milliard d’euros, avec en prime un déficit marqué sur la quasi-totalité des indicateurs. Au vu de ces résultats, une question vient à l’esprit : pourquoi les constructeurs français prennent-ils autant de retard en matière de RSE ?

Plusieurs lacunes à combler

Plusieurs raisons expliquent les contre-performances des enseignes automobiles françaises en matière de RSE. Leur faible présence sur les marchés internationaux en fait partie. En dépit des efforts réalisés ces dernières années, les ventes de PSA et de Renault restent concentrées en Europe, et particulièrement en France. Or, le marché européen – et particulièrement le marché français — fait la part belle aux motorisations diesel, plus nocives et polluantes que les systèmes à essence. Ajoutez à cela les dépenses importantes engagées dans les technologies hybrides et électriques, mais encore loin d’être rentabilisées.

Car, contrairement aux groupes allemands, américains et japonais, les deux représentants de l’automobile française ont encore beaucoup de retard à combler en matière de mobilité écologique. Les chiffres sont sans équivoque. Quand, en 2012, Toyota écoule 1,2 million de véhicules hybrides dans le monde, Peugeot en vend « seulement » 230 000 exemplaires. Malgré cette différence notable, la part des véhicules hybrides dans les ventes totales des deux firmes restent comparables : 14 % pour Toyota et 13,5 % pour Peugeot. Les défauts de la politique RSE de la marque au lion, comme de son rival Renault, se trouvent donc ailleurs. Selon l’étude internationale, les deux firmes sont surtout pénalisées par leurs émissions de COV, leur production de déchets et les dépenses en eau. Autrement dit, des obstacles tout sauf insurmontables pour ces porte-étendards de l’industrie automobile française.