La rente des exploitants d’autoroutes

AutoroutesQue reproche-t-on aux exploitants d’autoroutes ? Si l’on en croit le rapport de l’Autorité de la concurrence, leur rentabilité exceptionnelle est assimilable à une rente.

Depuis la privatisation des autoroutes opérée en 2006 par le gouvernement Villepin, il semble que les exploitants Vinci, Eiffage et Abertis aient largement tiré profit de la situation. Le montant des tarifs des péages qui augmentent plus rapidement que l’inflation et une rentabilité estimée à plus de 20% font de ces sociétés la cible des critiques de l’Autorité de la concurrence.

La Cour des Comptes avait déjà émis un avis critique sur cette situation en 2013, arguant que les actionnaires étaient particulièrement bien servis par les bénéfices des entreprises. Un an plus tard, à la demande de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’Autorité de la concurrence pointe une rentabilité qualifiée de très élevée, trop par rapport aux risques et aux coûts liés à ce secteur, et quasiment sans équivalent dans d’autres secteurs d’activité économique.

Par ailleurs, sur les 10 dernières années, l’augmentation des tarifs des péages a systématiquement été plus importante que l’inflation. On a relevé ainsi une hausse tarifaire totale de 21,7% depuis 2004 alors que le trafic augmente de 4,1% depuis 2007. Augmentations des tarifs et des passages qui ont permis aux exploitant de passer d’un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros en 2004 à 8,2 milliards en 2013, soit une croissance de 26% depuis 2006. Dans le même temps, les effectifs salariés des sociétés ont baissé de 14%. Les actionnaires sont les grands gagnants de ces évolutions, ayant perçu chaque année la quasi totalité des bénéfices. Un ensemble d’éléments qui font dire à Bruno Lasserre, président de l’Autorité que « toute la démonstration que nous faisons est qu’en réalité, il n’existe pas un risque sérieux qui justifie une telle rentabilité ». Et de réclamer une meilleure régulation de ce secteur d’activité.

L’Autorité de la concurrence invite donc l’Etat à prendre ses responsabilités et à renégocier avec ces sociétés « en faveur des usagers et de l’Etat ». Concrètement, elle propose de définir une indexation du tarif des péages ainsi que des conditions de réinvestissement et de partage des bénéfices. Enfin, elle propose de créer une autorité indépendante de régulation des transports terrestres.

A toutes ces critiques, l’ASFA (L’association des sociétés françaises d’autoroutes) répond et se défend dans un communiqué : « Les sociétés concessionnaires d’autoroutes ont allégé de près de 50 milliards d’euros la dette de l’Etat. Elles versent chaque année 4 milliards d’euros de recettes fiscales; elles assument, pour les 20 années à venir, la totalité des risques travaux, trafic, exploitation et financement relatifs à ces concessions, sans aucun impact sur le budget de l’Etat ».