Innovation et lobbying

LobbyingAurélien Duthoit, directeur des synthèses chez Precepta s’exprime sur « L’innovation face au lobbying et aux réseaux d’influence » sur la chaîne « Xerfi Canal ».

L’institut d’étude Precepta soutient la thèse que le lobbying reste un frein très efficace au déploiement de services et produits innovants : « Il ne suffit pas de proposer un service populaire pour s’imposer, car ce serait oublier un peu vite que les affaires sont parfois un jeu à somme nulle, où l’essor de produits ou services de rupture se fait au détriment de la rente des opérateurs établis. »

 

Si la riposte des opérateurs historiques se fait d’abord par la stratégie, elle se fait également par les tactiques d’influence au sein des milieux économiques, médiatiques et politiques. La proximité géographique est parfois très arrangeante, comme à Bruxelles ou à Washington où députés et lobbyistes sont situés au même endroit. En France, par ailleurs, on observe une proximité d’intérêt où les passages entre les sphères publiques et privées sont monnaie courante ainsi qu’une proximité sociale du fait de la formation des élites dans les mêmes grandes écoles.

Aujourd’hui, selon Aurélien Duthoit, un grand nombre d’exemples très éclairants illustrent les stratégies des opérateurs en place pour contrecarrer les ambitions des opérateurs entrants. C’est le cas de la médiatisation d’incendies ayant touché les voitures électriques Tesla, un constructeur entrant sur le marché des véhicules premium et dont le succès a été fulgurant, notamment au niveau de sa capitalisation boursière. Les incendies étaient certes spectaculaires mais ont concerné au final seulement trois véhicules sur les 200 000 en circulation. Ce (non) événement peut être mis en regard des opérations de rappel de millions de véhicules de constructeurs ancestraux comme General Motors qui a provisionné près d’1,5 milliard de dollars pour le rappel de véhicules défaillants, lesquels ayant occasionné la disparition d’au moins 13 personnes.

Pour l’analyste de Précepta, le même phénomène peut être observé dans les services en prenant l’exemple des acteurs de covoiturage et des véhicules avec chauffeur comme Blablacar et Uber. Les avantages de ces nouvelles solutions sur l’environnement (bruit, pollution…) n’ont que peu de poids face aux risques politiques que constituent l’essor de ces services et au processus législatif trop lent. Là encore, les lobbyistes se sont montrés particulièrement efficaces.

A ceci s’ajoute une nouvelle forme de lobbying dite géopolitique où l’on voit des pays œuvrer pour limiter l’entrée de nouveaux acteurs (services) non nationaux pour privilégier la croissance de ses propres opérateurs du même secteur. Les start up américaines en font de plus en plus les frais.