Le Livre Blanc de la filière optique veut remettre le patient au centre des préoccupations

Le 10 décembre, Yves Guénin revenait sur la nécessité de mieux contrôler la qualité des produits optiques, mais l’ambition de la filière optique va plus loin : redonner toute sa place au patient/porteur, tel est le message délivré par une vingtaine de professionnels de la filière optique, réunis pour la première fois en Comité. En septembre dernier, ces derniers annonçaient la rédaction d’un Livre Blanc, « Qualité et santé visuelle pour une filière d’excellence », figure de proue d’une démarche inédite.

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Une démarche collective au profit du patient

La démarche est suffisamment rare pour être soulignée : opticiens, orthoptistes, ophtalmologues, industriels et lunettiers s’unissent sous la même bannière, celle du Comité Filière optique d’excellence. Après les initiatives telles que  « Touche pas à ma vision ! » ou « Mon Opticien j’y tiens » , l’idée du Comité est de proposer une même vision stratégique sous la forme d’un document socle. Ce document de travail inédit se nourrit des réflexions et expériences des différents acteurs dans un contexte de mutation de la filière optique. Les professionnels de l’optique sont certes confrontés à des problématiques diverses, mais sont conscients qu’une nouvelle approche globale traitant les enjeux de santé visuelle est nécessaire. C’est ce que souligne Yves Guénin, secrétaire général du groupe Optic 2000: « nous souhaitons amener une démarche de progrès et trouver des solutions ensemble. Nos proposition de bon sens ont pour but de faire progresser la filière dans sa qualité et son homogénéité » déclare-t-il.

L’initiative semble sonner le glas des guerres intestines. « Dans toutes les réflexions, nous avons aussi veillé à ce qu’on parle de socle consensuel : il ne s’agit pas d’être clivant ou dans une logique commerciale », explique Ludovic Mathieu, directeur général d’Essilor. Le Comité martèle qu’il n’a qu’un combat : sortir des débats brouillés par les seules questions financières et repositionner le patient au cœur des préoccupations. Une prise de conscience, voire une remise en question pour ces professionnels de l’optique attaqués depuis des mois : prix des prestations, plafonnement des remboursements, libéralisation du marché via internet… Des débats souvent inaudibles pour le patient. De plus, les négociations se sont souvent focalisées sur le prix des équipements, dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat des Français. Or, l’accent doit être mis sur le patient que l’on ne saurait résumer à un simple consommateur.

Répondre aux défis de la santé visuelle des Français

Si le patient n’est pas un simple consommateur, c’est aussi parce que les lunettes ne sont pas des articles de supermarché. « Le verre est un dispositif médical, un produit de santé, or on a l’impression ces deniers mois qu’on parle d’un produit de consommation courante », insiste le dirigeant d’Essilor. Le Comité d’excellence entend ainsi répondre aux nombreux défis de la santé visuelle des Français. Souvent absente des débats de santé publique, la santé visuelle s’annonce cependant comme un enjeu majeur pour les 80 % des Français porteurs de lunettes ou de lentilles de contact. Les risques sanitaires relatifs à la « mal vision » sont loin d’être négligeables surtout chez les jeunes (10 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de problème de vue) et les porteurs de lentilles de contact qui imposent une grande précaution face aux risques infectieux. Au-delà de ces enjeux sanitaires, la « mal vision » induit également un coût économique et social. En effet, les impacts sont directs en matière d’accidents routiers (20 % des personnes impliquées dans un accident présentent une déficience visuelle) et de productivité au travail : l’Observatoire des Enjeux de la Vision estime la perte à plus de 2 milliards d’euros.

Et les facteurs de risques vont croissant du fait du vieillissement de la population et de l’usage toujours plus intensif des écrans numériques. En outre, Xavier Subirana, ophtalmologiste et signataire du socle de propositions, s’inquiète de la démographie médicale inégale et de l’isolement de certains territoires. En effet, 13% de la population française se trouve sérieusement confrontée à une pénurie d’ophtalmologistes dont les délais d’obtention de rendez-vous sont en moyenne de 115 jours. Le constat est d’autant plus inquiétant que les Français pensent majoritairement pouvoir détecter eux-mêmes un problème de vision et minimisent, voire négligent, les problèmes de vue au quotidien.

Repenser le parcours de soins autour du patient

« Chacun défend son rôle dans la santé. C’est une fonction logique mais on oublie trop souvent le patient qui effectue tout un parcours de soins » déplore Yves Guénin. Ce constat est partagé par les autres signataires du document socle, qui se sont accordé pour articuler leurs propositions autour de la prise en charge et de l’accompagnement des patients. Car compte tenu des difficultés rencontrées, les Français seraient près de 2 millions chaque année à renoncer aux soins optiques. Une des mesures propose par exemple de former les opticiens jusqu’au niveau licence, afin de bénéficier de leur implantation avantageuse sur le territoire français au titre de la délégation de compétences. En sus de ces délégations (largement encadrées) aux orthoptistes et opticiens, la télémédecine et le dossier médical optique (qui devra être compatible avec le DMP) sont également présentées comme des atouts à l’accès aux soins. L’idée est de favoriser une organisation plus fluide du parcours de soins à l’instar du développement des services à domicile pour les personnes âgées non mobiles. La démarche s’inscrit donc dans une meilleure coordination de tous les acteurs de la santé visuelle pour tous les Français.

Remis aux pouvoirs publics, le document socle Filière propose ainsi une nouvelle stratégie d’avenir pour la filière optique. Le Comité espère un écho favorable de la part de l’Etat, appelé par les nombreux signataires (Optic 2000, Essilor, Alcon, l’ASNAV entre autres) à organiser au plus vite une concertation.