Transition énergétique : à quand l’étape du diagnostic ?

En matière de transition énergétique, on connaît les buts à atteindre, les objectifs sont formulés, clairs, chiffrés. Mais seul un diagnostic précis permettra de décider concrètement des actions à mener, de les prioriser et de les évaluer. Une étape indispensable, à plus forte raison dans un contexte économique tendu, où les investissements devront être justifiés…

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La transition énergétique se donne des objectifs… et cherche ses moyens

La présentation cet été du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte a été l’occasion de rappeler les ambitions de la France en matière d’objectifs à atteindre (1). D’ici 2050, il est prévu de diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre, de réduire de 50 % la consommation d’énergie finale, de 30 % celle d’énergies fossiles, ou d’augmenter drastiquement la part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique. Vaste programme s’il en est, qui repose sur des actions à mener dans les domaines du bâtiment, des transports, des déchets ou de la production énergétique.

Et si l’on sait dire combien chacun de ces postes représente sur la facture énergétique globale, le scénario énergétique de demain reste, lui, frappé du sceau de l’inconnu. « Nous vivons une époque d’incertitude sans précédent pour le secteur énergétique », rappelle d’ailleurs le Conseil Mondial de l’Energie dans son rapport sur les scénarios mondiaux de l’énergie à horizon 2050 (2). Or, nous faisons aussi face à deux contraintes incompressibles : le temps et l’argent, dont nous manquons cruellement.

Le diagnostic : de la sensibilisation à l’action, de l’individuel au collectif

Et seul un diagnostic précis permettra d’apporter des réponses, et un plan d’action, face aux incertitudes de la transition énergétique, tout en tenant compte de ces contraintes de façon réaliste. Si aujourd’hui, il existe bel et bien des obligations en matière de diagnostic énergétique, elles ne peuvent pas être exploitées en tant qu’outils au service de la transition énergétique, car les données ne sont pas destinées à être centralisées et analysées de façon globale. D’ailleurs le Diagnostic de Performance Energétique (DPE), ou encore l’audit énergétique devenu obligatoire dans les grandes entreprises, restent au niveau individuel, des armes de sensibilisation, et de recommandations.

Ils ne pourront donc pas en l’état servir une politique globale, qui a, elle, besoin de diagnostics opérationnels à plus grande échelle. Dans les secteurs du bâtiment et des infrastructures urbaines, qui sont de loin les secteurs le plus énergivores, on sait pourtant déjà mener des diagnostics avancés qui peuvent devenir des outils d’aide à la décision et à l’action. Cofely Ineo, filiale de GDF-Suez, développe par exemple un service de diagnostic de performance énergétique basé sur l’analyse des données provenant des compteurs et autres capteurs. Il s’agit de permettre à ses clients d’optimiser l’existant, sans remplacer forcément ce qui peut être simplement amélioré. Engagé pour repenser l’éclairage de la ville d’Hazebrouck, Cofely Ineo a utilisé ses compétences en diagnostic énergétique pour mettre en œuvre un « Plan Lumière », et a décidé « non pas un remplacement systématique, mais une intervention sur la technologie utilisée dans une double optique d’amélioration grâce à un choix d’équipements à haute performance énergétique ». A cela s’ajoute, selon l’entreprise, « un nouveau mode de gestion permettant l’extinction des luminaires aux heures nocturnes de faible fréquentation qui génére plus de 40 % d’économies sur les consommations et une réduction annuelle d’émission carbone de plus d’1,4 Teq CO2 ». Le diagnostic est l’étape préalable qui a permis de déterminer quels maillons de la chaine remplacer et quels sont ceux qu’il était possible d’optimiser, le but étant à la fois des économies d’énergie mais aussi celles des ressources de la ville.

Même objectif avec un autre exemple sur le terrain : à Toulouse, Habitat Toulouse va s’appuyer sur un système déployé par Actility pour réaliser un diagnostic énergétique fin de ses logements, tenant compte notamment, et c’est là sa valeur ajoutée, des comportements et usages effectifs des occupants. Les données compilées (thermiques, consommation, hygrométrie…) permettent d’établir un diagnostic qui mesure la pertinence et les impacts des travaux de rénovation énergétique effectués.

Bertrand Delcambre, président du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), qui participe au programme avec Actility, en explique les enjeux : « pour atteindre l’objectif ambitieux de rénovation énergétique de 500 000 logements par an, les gestionnaires de logements vont avoir besoin d’outils innovants permettant d’identifier le niveau de performance réelle et de distinguer les composantes intrinsèques et celles liées aux usages », a-t-il commenté. Une démarche utile quand on sait que cet objectif de rénovation de 500 000 logements par an d’ici 2017 est de plus en plus hors d’atteinte (3).

Penser le diagnostic à plus grande échelle

Mais désormais la numérisation massive des données et la possibilité de les analyser finement et de les présenter clairement permet d’étendre les diagnostics, à plus grande échelle et de façon transversale, en croisant différentes informations issues de domaines distincts. Cofely Ineo développe ainsi des outils de diagnostic applicables à l’échelle d’une ville ou d’un territoire. En effet, forte de son positionnement sur les différents aspects de la ville durable (énergie,  bâtiment, transport, éclairage…), Cofely Ineo a mis en place une « plateforme multi-métiers » capable de fournir des analyses centralisées fondées sur le traitement de l’ensemble des données de la ville : consommation et production d’énergie, gestion des bâtiments, utilisation de l’éclairage, fonctionnement des transports… Ce genre d’outils, basés sur le recueil et l’analyse de données concrètes, tangibles, vérifiables et mesurables permet de rendre plus lisible un univers complexe, de la phase du diagnostic à celle de l’évaluation des résultats.

Or aujourd’hui, les mesures des politiques de transition énergétique peinent trop souvent à susciter l’adhésion unanime, et sont rapidement considérées comme approximatives, mal ciblées ou encore inefficaces.  Une base objective de réflexion et d’action, bref, une vraie étape de diagnostic, permettrait enfin d’avancer plus fermement, et plus efficacement dans la transition énergétique. Et sans aucun doute de faire remonter le « transitiomètre », mis au point par deux ONG pour évaluer les chances du projet de loi sur la transition énergétique d’atteindre ses objectifs (4), au-delà des petits 20 % qu’il affiche actuellement…

(1) http://www.developpement-durable.gouv.fr/Segolene-Royal-presente-le-projet.html

(2) http://www.worldenergy.org/wp-content/uploads/2013/10/Les-sc%C3%A9narios-mondiaux-de-lenergie-a-lhorizon-2050.pdf

(3) http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/04/renovation-energetique-de-l-habitat-l-objectif-du-gouvernement-hors-de-portee_4431863_3244.html

(4) http://www.usinenouvelle.com/article/le-transitiometre-qui-tacle-le-projet-de-loi-de-segolene-royal-sur-la-transition-energetique.N283564