Entreprises familiales : comment expliquer un tel engouement ?

Image1Forme de capitalisme la plus répandue dans le monde, le modèle familial concerne près de 70 % des entreprises dans les pays industrialisés comme dans ceux en voie de développement. Solide et durable, le « family business » rassure dans un contexte économique instable.

Le giron familial à l’épreuve de la crise.

La crise a largement participé du regain d’intérêt pour les entreprises familiales, souvent considérées comme désuètes et archaïques face aux nouvelles générations de start-up.  Et pour cause, les entreprises familiales sont celles qui ont le mieux résisté à la crise. Selon une étude menée par Ernst & Young auprès de salariés d’entreprises familiales dans 33 pays,  60% des entreprises sondées ont enregistré une croissance de plus de 5% entre juillet 2011 et juin 2012 (au moins 15% pour une sur six). De plus, 67% des dirigeants affirment que le caractère de leur entreprise leur a permis de surmonter la dernière crise.

«Cela montre que le modèle de l’entreprise familiale demeure solide face à l’adversité» en conclut le cabinet de conseil, qui précise que ces entreprises représentent près de 50% des emplois. Résilient, le modèle familial a tout donc tout pour séduire. Néanmoins, il est loin d’être une solution clef en main pour tout entrepreneur en quête de réussite. Si la Commission européenne pose le cadre de ce modèle (les dirigeants historiques ou leurs héritiers doivent détenir 25 % des pouvoirs de décision sur la base de leur capital), l’entreprise familiale repose largement sur un  état d’esprit savamment infusé par les entrepreneurs.

Une approche durable grâce à une stratégie tournée vers le long terme

Au cœur de la pérennité de l’entreprise familiale, le contrat de génération joue un rôle décisif.  Ainsi, « leur stratégie, leur politique d’investissement et leur gestion sont inscrites dans la durée. Elles raisonnent en termes de générations et non de mois. Cette vision leur permet de se concentrer sur des plans de développement plus prudents mais aussi plus durables » précise Philippe Vailhen, responsable de l’activité « entreprises familiales » chez Ernst & Young. D’où l’importance d’avoir une identité forte et un dirigeant qui impulse à chaque échelon une stratégie bien définie. Chez Oberthur Fiduciaire, le numéro 2 mondial de l’impression de billets de banque, la stratégie s’est construite autour d’une idée phare : valoriser des savoir-faire séculaires et les adapter aux exigences d’un marché high-tech ambitieux. A la tête de l’entreprise familiale, Thomas Savare se fait le garant d’un héritage auquel il a su injecter des concentrés de technologie grâce à une politique de R&D audacieuse et guidée par les impératifs de lutte anti-contrefaçon. Ce management permet à Oberthur Fiduciaire, pourtant rachetée en 1984 pour un franc symbolique par la famille Savare, de compter aujourd’hui 800 collaborateurs sur son site rennais et d’imprimer quelques 5 milliards de billets de banque par an.

Cette vision sur le long terme est en outre garantie par une grande liberté dans l’allocation des moyens. Car chez Oberthur Fiduciaire comme dans la plupart des entreprises familiales, l’indépendance financière, notamment grâce à un actionnariat familial, est privilégié.  Loin des fonds d’investissement opaques, l’autonomie voire l’autogestion, est revendiquée par la plupart des dirigeants de ces entreprises, à l’instar de Jean-François Birac qui incarne la cinquième génération à la tête de la maison François Hans. «  C’est une règle d’or chez nous. 75% de ce que nous gagnions est systématiquement réinvesti » confie le PDG de l’entreprise créée en 1843 et connue pour sa marque de linge de maison Blanc des Vosges. En 2013, le chiffre d’affaires a été multiplié par trois : de 8 millions, il est passé à 14 millions d’euros, dont 20 % réalisés à l’export. « C’est un moyen sûr de maintenir l’indépendance capitalistique de l’entreprise ainsi que le pouvoir de décision des dirigeants», précise Bernard Gainnier, président du cabinet de conseil PwC France qui a supervisé l’étude « L’entreprise familiale, un modèle durable ». De plus, cette gestion efficace « en bon père de famille » permet une précieuse souplesse face à un marché toujours plus exigeant.

Des entreprises en phase avec  l’économie durable

Si les entreprises familiales ont le vent en poupe, c’est qu’elles incarnent un capitalisme sain, éloigné des dérives qui ont conduit à la crise. Le capital humain y est  valorisé et représente un des atouts de la performance voire de la résilience des entreprises familiales. Grégoire Gonnord, président du conseil d’administration du groupe Fleury Michon, confirme que « le modèle familial est vertueux, il (…) crée davantage de proximité» et donc de confiance entre les dirigeants et les salariés qui tendent à développer un lien particulier. Car, « la gouvernance familiale a (…) le devoir d’être  ouverte, partagée et de privilégier le dialogue » ajoute le représentant de la cinquième génération à la tête de l’entreprise fondée en 1905. Fleury Michon propose par ailleurs une gouvernance originale : outre les cinq administrateurs familiaux, siègent deux représentants des salariés actionnaires récemment montés à 7 % du capital.

Au-delà des objectifs financiers, les dirigeants à la tête d’entreprises familiales intègrent un  « capital symbolique » soucieux du climat social, de l’émergence des talents et de la RSE. A la clef, plus d’implication de la part des salariés et donc de productivité et d’innovation pour les entreprises. Cette dynamique est généralement portée par les valeurs distillées par la famille dirigeante et colle parfaitement aux aspirations contemporaines face à un marché de l’emploi en perte de sens. Il n’est pas étonnant que les entreprises familiales jouissent d’une excellente réputation auprès du grand public. D’ailleurs, 70 % des actifs préféreraient travailler dans une entreprise familiale.