Les consultants au chevet des entreprises en difficultés

Lorsque le diagnostic de l’entreprise en difficulté est posé, il appartient à l’entrepreneur de prendre les mesures qui s’imposent. Encore faut-il avoir les bons outils et le recul nécessaire. Autant de compétences que des consultants spécialisés peuvent lui apporter.

Selon que l’entreprise est confrontée à une crise conjoncturelle ou structurelle, les mesures à prendre sont radicalement différentes. Il est en effet très différent d’être confronté à la perte ponctuelle de clients et donc à une baisse de chiffre d’affaires, et de manquer durablement de compétitivité. Dans ce dernier cas, une restructuration s’impose. Et parce qu’il est toujours primordial, pour le chef d’entreprise, de veiller sur son organisation, ses ressources humaines mais aussi sur les aspects sociaux et fiscaux de son entreprise, il doit s’entourer de spécialistes qui l’accompagneront tout au long des étapes nécessaires.

Que reste-t-il des cost-killers ?

Face aux difficultés, il y a quelques années, la mode était aux cost-killers, appelés à la rescousse d’entreprises qui pressentaient pouvoir optimiser leurs dépenses et leur organisation, mais aussi pour les aider à saisir des opportunités d’achat plus avantageuses. « Aucun secteur d’activité, aucune typologie d’entreprise n’y échappait. Nous intervenions aussi bien pour les collectivités locales et institutionnelles (Pôle Emploi, mairies, associations) que pour les entreprises privées (cabinets d’avocats, transports, TPE/PME…) », témoignaient en 2013 les consultant du cabinet DEB Conseil. Le cabinet de conseil sollicité étudiait les comptes de l’entreprise et la structure des coûts, puis procédait à la négociation de certains contrats ou accompagnait l’entreprise dans de nouveaux appels d’offres si nécessaire. Leur rémunération était en général proportionnelle aux économies réalisées.

Cependant, en septembre 2013, la cour d’appel de Paris a rendu un arrêt mettant fin aux pratiques de ce type de sociétés de conseil dans le domaine de la réduction des coûts sociaux. En effet, les professionnels du droit ont mené campagne contre l’empiètement des cost-killers sur le périmètre de la législation. En clair, l’avocat doit être le seul et unique interlocuteur de l’entreprise cliente depuis l’audit jusqu’à la récupération des sommes contestées ou indûment versées. Les recours (gracieux et contentieux) ne peuvent être rédigés par des consultants internes aux cost-killers. En conséquence, de nombreuses sociétés d’audit ont abandonné cette activité ou l’ont réorienté vers des démarches de réduction des coûts relatives aux équipements de l’entreprise ou vers l’accompagnement des acheteurs. Sur les questions RH, les regards se sont portés sur les managers de transition.

Le management de transition gère l’urgence et la complexité

Dans les situations plus graves, l’entreprise va en général plus loin que la « chasse au gaspi » et met en place un plan de crise qui peut se transformer en plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). C’est là que managers de transition trouvent toute leur utilité. Valtus, l’une des sociétés les plus expérimentées dans ce domaine justifie le recours au management de transition par le fait que l’entreprise utilisatrice va pouvoir s’offrir des compétences de haut niveau très rapidement pour gérer des situation d’urgence et complexes. D’après Philippe Soullier, le CEO de Valtus, « Pour être opérationnel et dégager des résultats sans délai, il faut des professionnels surdimensionnés pour le poste, ce qui occasionne évidemment un surcoût pour l’entreprise. Ceci étant dit, le management de transition, c’est une solution économiquement compétitive : le client bénéficie d’un manager expérimenté et de terrain pour le prix d’un consultant junior ». Et pour les entreprises qui redoutent le prix de ces services, Valtus met en avant des moyens de financement de ces professionnels à l’instar de l' »assurance homme-clé » qui vise à assurer la pérennité de l’entreprise suite à l’absence d’une personne identifiée comme capitale pour la structure (son dirigeant par exemple).

Des mécanismes juridiques pour se donner du temps

« J’ai eu la chance de tomber sur une personne très à l’écoute, à la Caisse du trésorier-payeur. Elle m’a conseillé, pour gagner du temps, de payer chaque mois une petite somme. Ainsi mon dossier resterait « actif » et ma maison ne serait pas saisie », témoigne un entrepreneur ayant fait face à un contrôle fiscal. Mais l’administration n’est pas toujours aussi arrangeante. Tout comme les spécialistes de la stratégie d’entreprise, des experts juridiques et fiscaux peuvent venir en aide à un entrepreneur en difficulté, et les conseiller efficacement sur le meilleur moyen de se « défaire » du passif de leur société, ou a minima de gagner du temps par rapport aux exigences des créanciers.

C’est ce que propose Yves Laisné, docteur en droit, expert français sur ces questions et auteur du « Guide pratique de la dissolution confusion » (EFE, 2009). Ce consultant préconise le mécanisme juridique de la dissolution-confusion (DC) dès que l’entrepreneur pressent des difficultés qui pourraient le mener au dépôt de bilan. Le principe se fonde sur le transfert de l’actif et du passif de la société vers une société étrangère, en toute légalité. La structure mise en place à l’étranger peut être mise en place par le cabinet juridique ou par l’entrepreneur lui-même. Pilotée par le conseil juridique, il commencera par se vendre à lui-même son fonds de commerce, puis sa « coquille société » via sa société étrangère. Réalisée vers l’étranger, l’opération revient à une TUPTRANS selon l’expression d’Yves Laisné, pour Transmission universelle de Patrimoine transfrontalière. Il existe aujourd’hui plusieurs cabinets proposant aux entrepreneurs en difficulté de réaliser des TUPTRANS. Pour autant, Yves Laisné attire l’attention sur le caractère peu scrupuleux de certains conseils, profitant des facilités de création et de dissolution d’entreprises à l’étranger pour faire « disparaitre » la personne morale d’une société à l’étranger.

Ce qui est particulièrement préjudiciable pour les entreprises, comme pour les entrepreneurs, c’est l’angoissante volatilité des réglementations fiscales. « On constate, et mes clients dirigeants de société me le disent avec un certain agacement, une véritable instabilité fiscale, alors que les entreprises ont besoin de tout le contraire pour se développer. Ce type de mesures risque d’avoir un effet contre-productif, en décourageant les créations et en gelant les cessions. Alors qu’une économie saine a besoin de mouvement pour se régénérer », explique l’avocat d’affaires Eric Sautet. Plus que jamais, dans la conjoncture économique actuelle, les entrepreneurs ne doivent pas engager leur entreprise en difficulté systématiquement et spontanément vers des procédures judiciaires. Faire appel à des conseils experts le plus tôt possible pourra maximiser leurs chances de redressement. “Les réactions des entrepreneurs sont très diverses. Il y a ceux qui se battent pendant un certain temps et se découragent d’un seul coup. […] La plupart cherchent des solutions, qu’ils ne trouvent pas forcément seuls. Concernant ceux qui font appel à nous, nous essayons de leur apporter des solutions en évitant, si possible, d’attendre le dernier moment“, conclut Yves Laisné en soulignant un point essentiel : le moment, le temps et les délais sont toujours à la fois le problème et la solution.

(credit : freedigitalphotos.net)

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