L’implication des pouvoirs publics : principal enjeu de la transition énergétique ?

Le débat national sur la transition énergétique en France, qui s’est terminé en juillet 2013, aurait dû conduire en théorie au vote d’une loi au printemps 2014. Malgré près d’une année de retard, il s’agit d’une opportunité à saisir pour les entreprises innovantes, développant « Greentech » ou « Cleantech ». Et même en l’absence de loi, PME et ETI n’ont pas attendu pour se lancer. Les projets et réalisations foisonnent déjà compte-tenu de l’ampleur du chantier, mais les financements manquent parfois à l’appel.

Panorama_de_l'hémicyle_de_l'assemblée_nationale

Prise de conscience collective

Comment économiser si l’énergie est de plus en plus coûteuse ? La synthèse du débat national annonce pour objectif de « mieux vivre en préservant les ressources de la planète pour les générations futures ».

L’implication du consommateur est donc posée en condition du succès de la transition énergétique. Dans un contexte d’augmentation des prix de l’énergie, il ne reste qu’à réduire la consommation pour espérer réduire la facture finale. Il s’agit donc pour le consommateur de consommer différemment. « L’on ne réussira la transformation du système énergétique qu’en consommant moins d’énergie, et surtout qu’en consommant mieux », explique Rudy Provoost, président du directoire du groupe Rexel, leader mondial de la distribution professionnelle des produits et services pour le monde de l’énergie. Dans ce domaine, Rexel a déjà quelques atouts à faire valoir. Mais c’est avant tout la responsabilité de chacun qui doit être engagée aussi bien dans la lutte au gaspillage énergétique qu’en maîtrise des dépenses : inutile de rénover une habitation avec des produits hautement isolants si les utilisateurs ne font pas d’efforts dans leurs pratiques. Le problème est à la fois technique, économique et comportemental. La question porte désormais sur « l’éducation » des consommateurs.

Les initiateurs de ces nouveaux comportements sont souvent des entreprises de taille modeste, qui ont fait du dialogue avec leurs clients une stratégie à part entière. C’est le cas de la société familiale Atlantic, spécialiste du génie climatique, qui a développé des radiateurs intelligents dont l’efficacité thermique est accrue de plus de 50 %. Ils s’éteignent aussi en cas de détection de fenêtres ouvertes. C’est grâce aux aides de l’Etat que ces sociétés ont pu accélérer leur diversification dans les énergies alternatives grâce à une R&D bouillonnante.

Mais si les pouvoirs publics communiquent beaucoup sur la sobriété énergétique des entreprises ou des particuliers et le tri sélectif, les problématiques de gestion des déchets sont encore trop peu mises en avant. Or il s’agit d’un volet économique et écologique crucial dans la transition énergétique.

Les déchets : un enjeu à la fois énergétique et économique

L’idéal serait de pouvoir recycler l’intégralité de nos déchets, néanmoins ce ne sera jamais techniquement envisageable. Mais aujourd’hui, seul un tiers de nos déchets est recyclé. Et même si le tri sélectif prend toujours plus de place dans les cuisines françaises, l’éducation reste encore un point à améliorer.

Une petite entreprise Greentech a trouvé une première solution : les Joyeux Recycleurs apportent un memento recyclage et une box sur mesure avec un compartiment par déchet. « Nous passons collecter à une fréquence convenue et nous reversons une aide par kilo collectée à des associations de quartier. Le portail internet que nous avons créé pour que chaque citoyen puisse savoir quoi, comment et où jeter tous ses déchets ouvre la voie à une nouvelle économie circulaire » affirme Fabien de Castilla, le co-fondateur des Joyeux Recycleurs. Cette jeune entreprise fait également vivre plusieurs petites PME innovantes et agiles. Recycler les déchets, ce n’est pas uniquement un coût, c’est aussi de l’activité et des emplois.

Bien que la part de déchets recyclés puisse encore augmenter en France, une bonne partie de nos déchets continuera d’être incinérée. Mais là aussi des progrès sont possibles. « Dans une des centrales à combustion de biomasse, trois chaudières brûlent respectivement du bois, de la paille et les déchets de la ville. Du coup la ville produit 100 % de son électricité et de sa chaleur à partir de combustibles présents sur place. La ville autonome existe donc déjà », explique Stephano Costa, Directeur General de la division environnement de CNIM. Il ne décrit pas un scénario de science-fiction mais évoque la ville de Thisted au Danemark. Le Danemark est certes le pays le plus en pointe sur les questions de transition énergétique, mais les chaudières d’incinération de déchets de CNIM se vendent également en Angleterre, en Estonie et jusqu’en Azerbaïdjan. Spécialiste des solutions de valorisation énergétique, CNIM fournit ainsi des centrales de production énergétique sur base de cogénération de biomasse ou d’incinération de déchets. Grâce à sa filiale LAB, CNIM est aussi l’un des leaders mondiaux dans le retraitement des fumées, avec des technologies qui vont bien au-delà de la très stricte législation européenne en la matière. En France, en revanche, la diffusion de telles technologies semble encore ralentie du fait de débats centrés principalement autour du coût des énergies nouvelles et renouvelables.

Partenariats public-privé : la solution ?

Sans l’aide de l’ADEME, la solution des Joyeux Recycleurs n’aurait jamais vu le jour, signe que l’impulsion donnée par l’Etat est encore une condition déterminante. Pourtant, certaines décisions font apparaitre des contradictions entre la volonté politique et les actes. Le moratoire sur le photovoltaïque solaire a notamment mis un vaste coup de frein sur les installations de panneaux en France, mettant en difficulté des ETI qui avaient investi des centaines de milliers d’euros en R&D et en investissements. Au niveau européen, le blocage des subventions par la Commission met également en péril toute la filière des énergies renouvelables. L’eurodéputée allemande Rebecca Harms, co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen, va jusqu’à mettre ouvertement en doute la volonté politique de réaliser cette transition énergétique : « La politique énergétique de l’Union européenne est conduite par ceux qui veulent continuer à utiliser les énergies fossiles et le nucléaire ».

De la production, à la distribution, le chantier est vaste. Le débat national a mis le doigt sur une complexité qui demande un minimum d’éclairage. Et le tissu industriel des PME et des ETI va vraisemblablement contribuer à la solution. Ainsi, la CCI France, dirigée par Judith Jiguet, a lancé cette année une vaste opération d’efficacité économique liée à la transition énergétique. L’objectif est de « promouvoir une énergie renouvelable, propre et bénéfique pour le consommateur ». Le Président du directoire de Rexel souligne de son côté que « La France bénéficie d’une filière industrielle unique dans ce secteur, avec plusieurs leaders mondiaux, dont le groupe Rexel, de nombreuses entreprises de taille intermédiaire et start-ups innovantes, mais aussi plusieurs centaines de milliers d’ingénieurs, d’électriciens, de techniciens spécialisés dans les technologies vertes. »

Cette filière dynamique focalise la transition sur le bénéfice pour le client, l’éducation de ce dernier et l’efficacité énergétique. Mais le plus délicat restera sans doute le changement des habitudes des consommateurs, en plus des réticences politiques à impulser de vrais changements.